Sassoli au Conseil européen : La démocratie, la liberté et l'État de droit ne sont pas négociables 
 

Extraits du discours du Président du Parlement européen David Sassoli au Conseil européen

Le Président Sassoli a profité de son discours devant le Conseil européen pour appeler à une défense vigoureuse de la démocratie et de l'État de droit. Le Président Sassoli n'était pas physiquement présent, car il se remet toujours d'une maladie. Le discours a donc été distribué aux chefs d'État et de gouvernement avant la réunion.

Le Président Sassoli a déclaré :

« Il y a quelques jours, nous avons vu une remise en cause du système juridique de notre Union. Ce n’est évidemment pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière. Toutefois, jamais l’Union européenne n’avait été remise en question de manière aussi radicale. Je crois que sur ce point, c’est votre devoir, et même notre devoir à tous, de mener une réflexion franche et ouverte sur la direction que nous souhaitons donner à notre Union.

« Le Parlement européen en a discuté en séance plénière. Nous avons écouté attentivement le Premier ministre Morawiecki, mais nous tenons à rappeler que la législation européenne en vigueur a été écrite par la Pologne tout autant que par chacun d’entre nous : elle est le fruit d’un travail commun et on ne saurait donc prétendre que ces règles ont été imposées par Bruxelles. L’Union européenne est fondée sur le respect unanime de valeurs fondamentales et de règles communes que nous avons tous acceptées, et ce en toute liberté. La population s’attend à ce que nous défendions ces principes. Les citoyens polonais ont manifesté en nombre à Varsovie pour nous le rappeler.

« Nous avons adopté ensemble une loi européenne qui crée un lien étroit entre la protection du budget de l'UE et le respect de l'État de droit. Cette loi est en vigueur et nous pensons que la procédure définie dans cette loi doit être engagée afin de protéger notre budget et de garantir le respect de l'État de droit. C'est pourquoi, comme vous le savez, sur recommandation de notre commission des affaires juridiques, j'ai demandé aux services juridiques du Parlement de saisir la Cour pour s'assurer que la législation en vigueur est dûment appliquée. Nous n'avons pas l'intention de nous soustraire à notre rôle institutionnel dans la défense des principes fondamentaux sur lesquels repose l'Union européenne.

« Soyons très clairs: il est bon que notre unité soit renforcée par notre diversité, mais le contrat européen présente des clauses non négociables, à savoir les valeurs de démocratie, de liberté et d’État de droit. »

Présent Sassoli a ensuite appelé à davantage de soutien pour les pays en développement face au COVID-19 :

« Nous pouvons être fiers du travail accompli contre la pandémie. Sur le front sanitaire, nous sommes désormais le continent qui a le plus avancé dans sa campagne de vaccination, avec plus de 75 % des adultes vaccinés. Nous savons cependant que cette statistique dissimule de fortes disparités entre les États membres, lesquelles risquent de compromettre la reprise et le bon fonctionnement de notre marché intérieur ; il faut donc agir pour réduire cet écart. Si nous examinons à présent la situation mondiale, les disparités deviennent colossales. Gardons-le à l’esprit : nous ne pourrons pas sortir de la pandémie tant que la vaccination ne sera pas accessible à l’ensemble des pays du monde, surtout aux plus pauvres. Seuls 4 % des Africains sont vaccinés et COVAX n’a reçu que 85 millions de doses, en dépit des promesses de l’Union européenne et des États-Unis de fournir plus d’un milliard de vaccins. Nous devons tout faire pour tenir cette promesse, en partageant des doses dans le cadre de COVAX ou en recourant au mécanisme de protection civile de l’Union européenne, parce que nous savons que tant que tout le monde ne sera pas en sécurité, personne ne le sera. »

Le Président Sassoli a ensuite prêté son attention à la prochaine COP26 à Glasgow :

« La COP 26 s’ouvrira dans quelques jours à Glasgow. Le Parlement espère que l’Union européenne confirmera à cette occasion son rôle de leader et s’emploiera à entraîner tous ses partenaires mondiaux vers des objectifs clairs et contraignants, en les rehaussant si cela est nécessaire, pour respecter l’Accord de Paris.

« Nous le savons bien : si nous nous contentons d’être les meilleurs dans notre coin, nous ne pourrons jamais lancer les changements nécessaires pour inverser la tendance du réchauffement climatique. Ce n’est qu’ensemble que nous y parviendrons ; l’Union européenne se doit d’être en première ligne de cette révolution. Cela signifie également qu’il faut mettre nos actes en cohérence avec nos propos, notamment en apportant le soutien nécessaire aux pays en voie de développement, à hauteur de 100 milliards de dollars, pour qu’ils puissent être au cœur de cette transformation.

« Nous savons que nous ne devons laisser personne au bord du chemin lors de la mise en route de ces vastes transitions écologique et numérique. Nous ne pouvons nous permettre de choisir entre la justice sociale et la transition écologique. »

Enfin, il a souligné la nécessité de prendre en compte la transition verte dans la réforme de la structure de gouvernance économique de l'UE :

« Je tiens à saluer la communication de la Commission sur l’avenir de la gouvernance économique après la pandémie de COVID-19. Je crois que les questions que ce document soulève méritent que nous en discutions. Il nous faudra en particulier réfléchir à une meilleure prise en compte de la durabilité des dépenses publiques et à une valorisation des investissements en faveur de la transition écologique (investissements dits « verts »), de sorte que les États membres soient en mesure de débloquer les fonds nécessaires pour le pacte vert pour l’Europe et la transition écologique. »

Le discours complet est disponible ici