La Présidente du PE, Metsola, aux dirigeants européens : « Nous devons penser plus grand et agir plus vite »  

 

La Présidente du PE, Metsola, aux dirigeants européens : « Nous devons penser plus grand et agir plus vite »  

Bruxelles  
 
 

S'adressant aux dirigeants, la Présidente du Parlement, Metsola, a réaffirmé que, dans un monde où les pays superpuissances se renforcent, l’Europe doit accroître son ambition politique, notamment en matière de défense et de compétitivité.

       

Merci, Antonio.
Bonjour à toutes et à tous.

Je voudrais dire, avant toute chose, que l’évolution récente de la situation à Chypre est encourageante. L’espoir se profile à l’horizon. Je tiens à vous assurer du soutien indéfectible du Parlement européen au processus de règlement mené sous l’égide des Nations unies: nous sommes prêts à aider Chypre par tous les moyens nécessaires. 

En effet, l’Union européenne est d’abord et avant tout un projet de paix. C’est pourquoi l’action que nous menons en faveur de la promotion et de la protection de la paix restera toujours au premier rang de nos priorités. En Europe, nous savons le coût épouvantable de la guerre. Nous savons également que des générations entières ont payé le prix fort pour une paix qui n’a pas garanti leur liberté ou leurs droits. 

C’est ce vécu qui oriente notre réflexion et notre action concernant l’Ukraine. Nous progressons peu à peu dans la recherche d’une issue, mais ce qui était vrai il y a trois ans l’est encore aujourd’hui: la paix doit être véritable, faute de quoi elle n’est que l’illusion de la paix. C’est la raison pour laquelle nous continuerons à œuvrer à une solution qui permette une paix réelle, qui dure et qui équilibre les responsabilités. Une paix garante de la liberté et de la dignité. Une paix qui garantisse la liberté de l’Ukraine et la sécurité de l’Europe, et qui exerce un effet dissuasif sur ceux qui pensent pouvoir prendre le contrôle de nations souveraines et indépendantes par la force. 

Il nous faut agir en ce sens, non par altruisme, mais parce qu’il est de notre devoir de préserver la sécurité de l’Europe et des Européens. Car sans soutien, l’Ukraine ne sera pas en mesure de se défendre. Et si la Russie dirigeait l’Ukraine depuis Kiev, l’Europe et le monde seraient moins sûrs, moins paisibles et moins prospères. 

La guerre de l’information menée contre nos appareils nous oblige à expliquer clairement la raison d’être de nos actions et l’importance qu’elles revêtent. 

L’Union européenne tire sa force de son pouvoir d’influence depuis des décennies. À l’heure où les puissances monolithiques ne cessent de s’affirmer, nous ne pouvons pas nous permettre de nous laisser écraser parce que nous manquons d’ambition politique. Pour dire les choses simplement, l’Europe doit s’imposer comme une force avec laquelle il faut compter. Cela signifie que nous devons être prêts; que nos discours doivent s’accompagner de financements; que nous devons veiller sérieusement à notre sécurité, à notre état de préparation et à notre compétitivité. 

Nous avons déjà mis en place les schémas directeurs. Les analyses nous sont offertes par les rapports Draghi, Letta et Niinistö. Nous avons lancé l’initiative ReArmEU, la proposition omnibus sur la simplification et le Livre blanc sur l’avenir de la défense européenne. 

Les choses nous ont même été expliquées lors de la conférence sur l’avenir de l’Europe il y a trois ans.  

Le fait que nous nous soyons déjà réunis dans ce format trois fois en deux mois et demi en dit long. Cela montre que l’Europe accélère la cadence et prend sa sécurité en main. Mais il nous faut voir plus grand et agir plus vite.   Nous devons envisager toutes les pistes.

Le Parlement européen assume son rôle. En ce qui concerne les acquisitions conjointes dans le domaine de la défense, nous avons tenu nos engagements. La semaine dernière, nous avons approuvé une procédure d’urgence, dans le cadre du programme pour l’industrie européenne de la défense, qui nous permettra de conclure les négociations rapidement. Et nous sommes parvenus à le faire en seulement deux semaines. 

Parce que nous comprenons que la sécurité est le fondement de tout le reste. Et qu’elle ne se limite pas à la défense: elle concerne notre économie, l’énergie, l’agriculture... Il s’agit aussi de protéger nos frontières et nos citoyens et de faire en sorte que nos systèmes soient équitables et efficaces, et empêchent les abus. 

La nouvelle proposition sur les retours est la dernière pièce essentielle d’un puzzle qu’il nous faut résoudre. Le Parlement européen est prêt. Nous savons que les problèmes doivent être corrigés pour combler les lacunes et mettre fin à l’exploitation. Et c’est une responsabilité qui pèse lourdement sur nos épaules. 

Ce que je veux dire, c’est que sans ce sentiment de sécurité, personne ne peut se sentir à l’abri, l’économie ne peut pas prospérer, les entreprises ne peuvent pas croître et l’influence de l’Europe dans le monde est amenée à s’étioler. Mais en même temps, nous savons qu’en l’absence d’une économie forte et compétitive, nous ne disposerons pas des ressources dont nous avons besoin pour investir dans notre sécurité. Nous n’aurons pas le poids économique nécessaire pour défendre nos positions. La sécurité et l’économie vont de pair. 

Nous savons ce qu’il faut faire pour renforcer notre économie. Nous traversons une révolution technologique dont le potentiel de transformation est aussi important que celui de la révolution industrielle, peut-être même plus. Et nous partons d’une position qui nous permet largement d’en profiter: nous avons les capitaux et les talents. Mais je me demande, non sans inquiétude, pourquoi ces actifs ne sont pas investis en Europe. 

La solution est évidente: Nous devons achever l’union de l’épargne et des investissements. La proposition présentée hier par la Commission est bonne. Mais ce n’est qu’un petit pas, alors qu’il nous faut faire des bonds de géant. Je ne veux pas minimiser les sensibilités politiques concernées, mais nous ne pouvons pas attendre dix ans de plus pour que nos systèmes démarrent. Le Parlement continuera à jouer son rôle. Je tiens, à cet égard, à mentionner spécifiquement nos travaux en cours sur l’harmonisation des législations en matière d’insolvabilité. Le rapporteur du Parlement met la dernière main à son rapport au sein de la commission des affaires juridiques. Nous nous efforçons d’être en position de négocier avec le Conseil avant l’été. Les deux colégislateurs doivent tirer parti de cette dynamique.

En corollaire de cela, il est urgent de simplifier nos procédures. J’ai la conviction que lorsque nous pouvons simplifier et clarifier les choses, nous devons le faire. Et lorsque des corrections sont nécessaires par souci d’adaptation aux nouvelles réalités, elles doivent être appliquées. Mais ce faisant, nous devons résister à la tentation de vouloir résoudre le problème dans un domaine en créant plus de bureaucratie dans un autre. 

En ce qui concerne la proposition omnibus sur la simplification, il ne peut y avoir de demi-mesures. S’agissant de la proposition de mécanisme suspensif, dite «stop the clock», le Parlement devrait mettre en place une procédure d’urgence pour l’adopter d’ici deux semaines. Pour ce qui est des modifications à la CSRD et à la CSDDD, la nomination des rapporteurs est en cours et les travaux débuteront en avril. Les travaux sur les modifications du MACF et du programme InvestEU devraient également débuter le mois prochain. Parce que le Parlement comprend que nous devons faire concorder les attentes des citoyens et notre niveau d’ambition. Et cela demande d’agir avec urgence et d’avoir une vision claire concernant non seulement nos objectifs, mais aussi notre capacité à aller tous ensemble dans la même direction. 

Il en va de même pour les dépenses publiques. Les négociations à venir sur le budget à long terme de l’Union européenne seront une occasion en or d’aligner notre portefeuille sur nos priorités stratégiques. Le statu quo n’est pas envisageable. 

En réalité, les réformes considérables visant à rendre notre budget plus simple, plus flexible et davantage axé sur les résultats doivent réussir avec le soutien du Parlement. Nous avons déjà entamé nos travaux: notre rapport d’initiative doit être présenté en mai. Nous prenons notre rôle au sérieux et avons prouvé à maintes reprises que nous sommes des acteurs responsables. Mais pour ce faire, les députés doivent être pleinement associés à chaque étape du processus. 

Un dernier élément en ce qui concerne le CFP: je tiens à rappeler que ce qui importe, c’est parfois moins le montant des crédits affectés à la résolution d’un problème que la manière dont ils sont réellement dépensés. Pour profiter d’une économie forte, il faut avant tout dépenser intelligemment. Et le prochain CFP doit prendre en compte les priorités des citoyens. 

Nos meilleurs jours sont devant nous. Mais tout dépendra de nous — de notre volonté politique, de notre courage d’agir, de notre capacité à rester unis et à tenir notre cap stratégique. Nul doute que le chemin à parcourir sera difficile. Mais l’Europe est prête.

You may find here the transcriptions of her speech per language: