Lors de sa visite à Zagreb, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a prononcé un discours devant le Parlement croate, le Sabor. À cette occasion, elle a loué le parcours réussi de la Croatie au sein de l'Union européenne au cours des 10 dernières années.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, Mesdames et Messieurs, Chers concitoyens européens,
Je tiens tout d’abord à vous remercier de m’accueillir ici aujourd’hui. C’est pour moi un réel honneur d’être de retour dans la belle ville de Zagreb, entourée d’amis. J’ai toujours vu en la Croatie une nation capable de faire face à l’adversité et de surmonter toutes les difficultés.
Vous avez montré que vous avez la capacité de réussir, de prospérer et de jouer un rôle moteur.
Il y a à peine dix ans, en devenant un État membre de l’Union européenne, la Croatie a changé le cours de l’histoire. Sa propre histoire et celle de l’Europe. Vous avez formalisé les liens avec un projet auquel vous avez toujours eu le sentiment d’appartenir. Cette année, vous avez de nouveau changé l’histoire en intégrant l’espace Schengen et en adoptant l’euro. Vous y êtes parvenus grâce à votre engagement et à votre détermination sans faille.
L’effet transformateur de l’Europe est visible partout en Croatie. Des droits opposables qui sont accordés à ses citoyens aux possibilités que l’adhésion à l’Union offre aux jeunes comme aux moins jeunes, en passant par le tourisme, force motrice de son économie, et les investissements dans des projets.
Le parcours de la Croatie en tant qu’État membre est une réussite. Votre damier rouge et blanc distinctif, qu’il soit arboré par Luka Modric ou brandi par Andrej Plenkovic, est devenu un symbole pour tous les Européens. Un symbole qui montre que l’appartenance à l’Union profite à tous et qu’elle n’a jamais apporté des avantages qu’à une seule partie.
Au Parlement européen, vos députés – dont beaucoup sont présents aujourd’hui – ont pris les devants sur des questions qui comptent pour nous tous. Ils emportent un peu de la Croatie avec eux à Bruxelles et à Strasbourg et veillent à imprimer sur la législation européenne la marque de votre nation.
Vous avez de quoi être fiers! Cela fait dix ans que vous construisez des ponts avec l’Europe et au-delà. Dix ans que vous faites preuve d’excellence. Dix ans que vous montrez chaque jour qu’il n’y a pas de vieille ni de nouvelle Europe. Qu’il n’y a pas de grande ou de petite puissance dans notre projet.
Mes amis, l’Europe devra faire appel à la résilience incarnée par la population croate si elle veut surmonter les multiples crises qui sévissent actuellement. L’invasion illégale et brutale de l’Ukraine indépendante a changé le monde tel que nous le connaissions.
Nous avons été frappés par des hausses de prix et des pénuries d’énergie. Trop de personnes connaissent encore des fins de mois difficiles. Trop de concitoyens se sentent exclus. L’inflation continue de peser sur la croissance. La reprise économique après la pandémie est encore trop fragile. Tout cela intervient sur un fond de crise climatique que nous ne pouvons ignorer.
Les défis sont nombreux et s’imposent à nous en même temps. Or je sais que nous avons en nous la capacité, la résilience et les ressources qui nous permettront de sortir plus forts de cette épreuve.
Il ne s’agit pas là d’un optimisme aveugle, mais d’une évaluation posée et mesurée de nos capacités communes. Il faut avoir conscience que, lorsque nous agissons ensemble, lorsque nous défendons une cause commune, tout devient possible.
Cela demande du courage politique. Cela implique de laisser de côté les intérêts à court terme. Cela suppose d’accorder nos actes à nos paroles.
C’est dans la réaction de l’Europe à l’invasion russe de l’Ukraine que cela est le plus flagrant. Nous, en notre qualité de députés, sommes appelés à agir, à jouer un rôle moteur, à soutenir l’Ukraine et à défendre les valeurs qui sont au cœur de nos débats depuis des générations.
L’Ukraine a besoin que nous restions fermes. L’Ukraine lutte pour sa survie. Pour son droit à exister. Elle attend de nous un soutien militaire, humanitaire, politique, financier et moral. Je suis fière de voir que lorsqu’il a fallu faire preuve de courage, l’Europe n’a pas failli à sa parole. Nous avons tenu bon, nous sommes restés fermes.
Nous avons compris ce qui est en jeu. Nous nous souvenons de ce que c’est que d’être privé de liberté et de vivre sous l’oppression. Et, si nous défendrons toujours la paix, nous savons qu’il doit s’agir d’une véritable paix. La paix dans la justice. La paix dans la liberté. La paix dans la dignité.
Il y a un moyen, rapide, d’y parvenir: que la Russie se retire sur son territoire, et le plus tôt sera le mieux. Mais d’ici-là, nous devons être prêts à faire ce qui est nécessaire pour assurer la survie de l’Ukraine. Permettez-moi ici de remercier la Croatie pour ses qualités de meneuse. Pour sa solidarité. Pour son empathie envers tous ceux qui fuient la guerre.
En définitive, pour qu’il y ait la paix, l’Ukraine doit continuer d’exister. Et ce sera le cas. Ce sera une Ukraine qui, bientôt, je l’espère, ouvrira officiellement les négociations d’adhésion à l’Union.
Et l’Union européenne doit se tenir prête. Une fois encore, il s’agira d’un acte de courage politique. Il faudra prendre des initiatives et engager des réformes. Une Union à 27 devra se réformer si elle veut rester efficace en tant que club à 30 ou à 33. Le changement n’est jamais facile, mais il est nécessaire.
Nous le savons, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui se tourne vers l’Europe, mais aussi la Moldavie et les nations des Balkans occidentaux, à qui l’on promet le progrès depuis bien trop longtemps. Elles seront toutes attentives à ce qui se passera pour ce pays, car cela leur donnera des indications sur la meilleure manière d’aller de l’avant. Ensemble, nous devons être capables de donner un nouveau souffle à notre projet politique pour faire en sorte qu’il soit adapté non seulement à la prochaine vague de défis, mais également aux prochaines générations d’Européens.
Réformer nos économies, renforcer notre sécurité et préserver notre manière de procéder: voilà l’essence même de la double transition numérique et écologique. C’est de cette manière que nous pourrons renouer avec la croissance et faire en sorte que nos économies soient à l’épreuve du temps. Mais nous n’y parviendrons que si nous arrivons à conserver la confiance des citoyens, à être plus à l’écoute, à mieux expliquer ce que nous faisons et à atténuer les répercussions sociales et économiques que ces décisions pourraient entraîner.
Nous devons être en mesure de convaincre les gens. Quelque 17 000 Croates ont pu participer à Erasmus, notre programme d’échange phare. Ils sont les meilleurs ambassadeurs de la capacité de l’Europe à rassembler les citoyens, à élargir les horizons et à donner à la jeune génération ce que l’adhésion à la zone euro et à l’espace Schengen procurera à l’ensemble du pays.
La transformation économique de la Croatie reflétera celle de l’Union européenne dans son ensemble. Nous pouvons – et nous devons – créer le cadre approprié pour parvenir à une croissance durable et à la prospérité. Cela implique de manier avec prudence la flexibilité budgétaire. C’est en procédant de la sorte que nous pourrons garantir que nos économies seront en mesure de rembourser nos dettes et rendre ce projet plus fort qu’il ne l’était lorsque nous ne l’avons trouvé. Pour ce faire, nous devons renforcer le centre politique et lutter contre le discours qui pousse les gens vers les extrêmes politiques, où ils trouvent un confort illusoire.
Le PIB de la Croatie a connu une croissance extraordinaire ces dernières années. Et cela, ça compte, ça offre des possibilités. L’Europe y est pour quelque chose.
Et l’Europe va plus loin. La semaine dernière à Strasbourg, le Parlement européen a voté la législation la plus avancée au monde en matière d’intelligence artificielle. Notre législation novatrice sur l’intelligence artificielle fera de nous des leaders mondiaux en matière d’innovation numérique et technologique, sur la base des valeurs démocratiques de l’Union. L’Europe peut servir de modèle au monde entier et montrer la voie, de façon responsable. Nos lois ont une incidence sur la vie des citoyens. Nous devons le souligner davantage.
Mes amis, dans un an exactement auront lieu les élections au Parlement européen, et je suis ici pour écouter ce que les Croates attendent de leur Union et pour montrer que Bruxelles n’est pas une entité lointaine. Aucune décision n’est prise sans vous – au contraire, nombre d’entre elles sont prises sous votre impulsion. Notre défi est de faire éclater les bulles de Bruxelles et de Strasbourg, comme on les appelle, et d’amener l’Europe dans toutes les villes et tous les villages de notre Union. Je suis persuadée que nous pouvons y arriver.
Les élections de l’année prochaine se dérouleront dans un nouveau climat de désinformation, dans lequel des acteurs malveillants tenteront de saper nos processus démocratiques. Nombreux sont ceux pour qui l’existence même de l’Union européenne constitue une menace. Nous sommes une superpuissance fondée sur des valeurs et nous devons protéger cet héritage, en luttant contre les menaces hybrides que nous rencontrons.
Mesdames et Messieurs, j’ai conscience que l’Europe n’est pas parfaite. Je partage un grand nombre des frustrations exprimées à l’égard de certains de nos processus, mais je sais que l’Europe en vaut la peine. Je sais que nous sommes un phare pour la liberté, l’égalité, les droits, la prospérité et la solidarité entre les peuples.
Je veux que les gens aient à nouveau la foi. Comme ce fut le cas de la Croatie il y a de cela dix ans. Je veux qu’ils se rendent compte du potentiel de ce projet pour remédier aux difficultés, pour trouver des solutions aux problèmes intergénérationnels auxquels les sociétés sont confrontées, pour tirer les citoyens vers le haut et pour donner de l’espoir aux nations. Il suffit parfois d’un peu d’espoir.
L’investissement de la Croatie dans la sécurité énergétique marquera également votre avenir.
L’été dernier, vous avez mis en service le pont de Pelješac, grâce à l’un des plus grands investissements de l’Union jamais réalisés dans les infrastructures. Ce pont relie le sud de la Dalmatie au reste de la Croatie et au reste de l’Union européenne. Il a sensiblement amélioré la vie de beaucoup de personnes. Il symbolise le fait que la Croatie ait été un «bâtisseur de ponts» entre les peuples et il cristallise notre engagement commun à rassembler les peuples. C’est ça, l’Europe. Une Europe qui prend soin des gens. Une Europe qui ne peut être considérée comme acquise.
Mes amis, ce qui restera dans les mémoires, ce ne seront pas les défis qui s’opposaient à nous, mais bien la réponse collective que nous aurons apportée. Je suis fière de voir que l’Europe a résisté et continue de résister en faisant preuve d’unité, et je suis convaincue par le projet que nous présenterons aux électeurs dans moins d’un an et sur lequel nous leur demanderons de se prononcer.
Le message que je souhaite adresser aux Croates, et vous adresser, est que l’Europe compte. Votre voix et vos choix comptent. Votre vote compte. Dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et du conflit mondial qui se joue entre la démocratie et les régimes autoritaires, les citoyens croates doivent – plus que jamais – faire entendre leur voix.
Le Parlement européen appartient autant aux citoyens croates qu’à tous les autres citoyens qu’il représente. L’Europe vaut la peine qu’on y consacre son temps, son énergie, sa confiance.
Pour tout cela, je remercie la Croatie. Merci de ces dix années d’appartenance à l’Union européenne. Merci d’avoir contribué à mettre en place toutes sortes de ponts. Merci de votre engagement européen.