L’Europe a la capacité de diriger avec assurance, d'affirmer son autonomie et de façonner son avenir. Tel était le message de la Présidente Metsola à Helsinki, lors de son intervention à un événement organisé par la Société Paasikivi.
Cher Antti, Mesdames et Messieurs les membres de la Paasikivi Society, chères amies, chers amis, Être de nouveau à Helsinki est un réel bonheur, car je m’y sens chez moi. Comme beaucoup d’entre vous le savent, la Finlande fait partie de ma vie – de ma vie non politique. Nous vivons des temps difficiles. Je suis ici pour m’entretenir avec vous du point de vue du Parlement européen sur la situation. Disons-le nettement, les citoyens sont inquiets – toutes les remontées que nous avons le confirment –, et ils le sont à juste titre. Une guerre est en cours sur notre continent. Les coûts de l’énergie mettent l’équilibre financier des ménages à rude épreuve. Le monde apparaît moins stable, moins prévisible qu’il ne l’était encore il y a quelques années. Vous vous attendez donc peut-être à ce que je parle de peur. Mais ce n’est pas ce que je suis venue faire. Je suis venue porter le message inverse, je suis venue exprimer ma conviction que l’Europe, quoiqu’on en dise, a toutes les cartes en main. L’Europe s’est déjà trouvée dans une telle situation. Elle n’était pas tout à fait la même, elle n’était pas exactement confrontée aux mêmes difficultés, mais elle s’est déjà trouvée à un moment de bascule où la prudence et les demi-mesures ne sont plus de mise. Je viens de m’entretenir avec M. Stubb, votre Président, qui estime que l’Europe est dans une situation comparable à 1989. Je pense qu’il a raison. Comme au moment de la chute du Mur, l’heure est aux décisions radicales. Les mesurettes ne suffiront pas. Nous devons au contraire aller résolument de l’avant. Voilà pourquoi je suis ici. Je tiens à me rendre dans le plus d’États membres possible pour y rencontrer, sur le terrain, des représentants des différentes composantes de nos sociétés. Aujourd’hui, après notre échange, je m’entretiendrai avec votre Premier ministre. Demain, je me rendrai au Parlement pour y discuter avec des représentants de tous les groupes politiques. Je me réjouis également de constater que plusieurs députées et députés au Parlement européen sont des nôtres, et je les remercie pour leur présence. Cette semaine, nous avons une véritable raison d’espérer. Le peuple hongrois a fait le choix de l’Europe. Quelle émotion de voir, à Budapest, des jeunes agiter spontanément, joyeusement, le drapeau européen, réclamer un avenir fondé sur la liberté, la démocratie, l’assurance que leurs vies leur appartiennent. Ces jeunes placent leur confiance dans notre Europe. Il nous incombe désormais de leur montrer qu’ils ont eu raison de le faire. Et en effet, telle est notre Europe: la concrétisation d’une idée, fondée sur une aspiration à la liberté et sur la conviction fondamentale que des êtres libres peuvent bâtir une communauté digne d’être défendue et d’être transmise. Cette idée a survécu aux empires. Elle a permis à des nations de renaître de leurs cendres. Elle a transformé des rivaux héréditaires en partenaires de long terme. Et aujourd’hui, elle est plus indispensable que jamais. Votre pays a toujours été particulièrement clairvoyant sur l’état du monde. Il y a une raison à cela: 1 300 kilomètres de frontière commune avec la Russie et l’immense sacrifice consenti pour défendre sa souveraineté et son indépendance ont marqué la manière dont la Finlande réfléchit et anticipe les choses. Vous nous aviez mis en garde. La Pologne nous avait mis en garde. Les États baltes nous avaient mis en garde. Année après année, vous aviez rappelé qui nous avions pour voisins et de quoi ils étaient capables. Nous aurions dû écouter plus tôt. Je le dis franchement. Mais désormais, nous écoutons et – plus important – nous agissons. Lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine, beaucoup ont prédit que l’Europe ne tiendrait pas. Les critiques les plus fréquentes nous accusaient d’être trop lents, trop divisés et trop indolents. Certains disaient que l’Ukraine tomberait en quelques jours; la guerre de 72 heures voulue par Vladimir Poutine est actuellement dans sa cinquième année. Et l’Europe, loin de se fracturer, s’est rassemblée d’une manière qui semblait inimaginable avant février 2022. Dès les tout premiers jours de la guerre, le Parlement européen, tout particulièrement, a soutenu l’Ukraine, a réclamé des sanctions à l’encontre de la Russie – nous en sommes au 20e train de sanctions – et a pressé l’Europe de prendre réellement en charge sa propre sécurité. Cela n’avait rien d’évident. Avant 2022, le sujet n’était pas abordé. Quel chemin nous avons parcouru en quatre ans! La Finlande et la Suède ont pris la décision historique, courageuse et sans ambiguïté, d’adhérer à l’OTAN. Les dépenses européennes en matière de défense ont crû de plus de 60 %. Les pays de l’OTAN consacreront bientôt 5 % de leur PIB à la défense. Et 800 milliards d’euros ont été mobilisés pour la préparation de l’Europe en matière de défense. Notre continent a fait le choix de l’autonomie. La même résolution s’est exprimée concernant le Groenland. Quand d’autres affirmaient que la souveraineté des nations pouvait se négocier, qu’elle était une question qui pouvait être rouverte par ceux qui avaient le pouvoir de le faire, l’Europe n’a pas tergiversé. Nous nous sommes mobilisés. Nous avons tenu une position extrêmement claire. Nous avons montré que l’Europe, quand elle le veut, sait déployer sa puissance. Sans fanfaronner ni brandir des menaces, mais en faisant preuve d’unité et de solidarité et en faisant front, simplement et fermement, ensemble. Cette attitude a toujours été, et sera toujours, la force de l’Europe. C’est en Arctique que s’écrira le prochain chapitre de la sécurité de l’Europe. Les routes énergétiques, les infrastructures critiques, la présence militaire, la géopolitique de la fonte des glaces seront déterminantes dans les litiges des prochaines décennies, et l’Europe doit y être préparée. Cette préparation s’exprime déjà dans la place déterminante prise par la Finlande dans l’opération de l’OTAN «Sentinelle de l’Arctique» et la récente désignation de Jyrki Katainen comme conseiller spécial pour les relations UE-Arctique. Je suis persuadée que ces signaux arrivent au bon moment. La contribution de la Finlande à la défense européenne ne se limite pas au Grand Nord. Des entreprises finlandaises comme Summa Defence fabriquent ici des systèmes de drones qu’elles livrent directement aux forces ukrainiennes. L’Europe a besoin de plus d’innovations en matière de défense telles que celles-ci. L’autonomie stratégique dont nous parlons devrait prendre de telles formes en pratique, concrètement. Vous pouvez être fiers de vos élus à Helsinki, Bruxelles et Strasbourg – de votre Président, de votre Premier ministre, de votre membre et vice-présidente exécutive de la Commission et de vos députées et députés au Parlement européen; toutes et tous s’engagent, au quotidien, pour une Europe plus forte, plus performante, plus unie. La Finlande a toujours su une chose que la plupart des autres pays européens – je le vois, moi qui viens de l’autre extrémité de notre continent – sont encore en train d’apprendre: la sécurité et la prospérité sont indissociables l’une de l’autre. Cet état de fait apparaît très clairement quand nous regardons le Moyen-Orient. Nos pensées vont, avant toute chose, aux peuples de la région, qui ont souffert et souffrent toujours terriblement. Mais les conséquences de cette instabilité se font sentir bien au-delà de cette région. Les coûts de l’énergie augmentent – et la situation va s’aggraver, avant de s’améliorer –, ce qui met à rude épreuve les ménages et les entreprises sur l’ensemble de notre continent. L’annonce du cessez-le-feu est un soulagement et nous disons que toutes les parties doivent agir de bonne foi. Je sais que demain, M. Stubb et d’autres chefs d’État et de gouvernement se réuniront pour chercher une sortie de crise et contribuer à la désescalade et à la réouverture du détroit d’Ormuz. Nous avons besoin de l’Europe dans ces négociations. La relation transatlantique a été le socle du monde libre pendant 80 ans et notre premier souci est de la préserver. Nous continuons d’œuvrer à son maintien, mais pas à n’importe quel prix. Elle doit être fondée sur la confiance et le respect mutuel. Nous l’avons dit clairement et nous continuerons de le faire. Bill Clinton a un jour déclaré au sujet des États-Unis que le monde avait toujours été plus impressionné par la puissance de leur exemple que par l’exemple de leur puissance. Il s’adressait à ses concitoyens, mais je crois que cette phrase exprime aussi une vérité sur nous-mêmes que nous avons toujours portée en Europe. La puissance de l’exemple est au fondement de notre système. L’exemple d’un continent qui se reconstruit sur les ruines laissées par la pire guerre de l’histoire humaine. L’exemple d’un continent qui a élargi le cercle de la liberté au fil des générations. L’exemple d’un continent qui projette ce qu’il est et ce qu’il défend, non par la force, mais par la puissance de ce que nous avons bâti ensemble. Notre Europe a transformé des pays, changé des vies et ouvert des perspectives qui auraient semblé chimériques à la génération précédente. Ces réalisations ont été celles de l’Europe – dans des circonstances plus difficiles, avec des ressources moindres, malgré un héritage plus lourd –, et nous continuons aujourd’hui d’être les artisans de telles réalisations. Nous devons seulement y être préparés, et nous devons être unis dans cette entreprise. Les jeunes qui agitent le drapeau européen dans les rues ont eu raison de choisir l’Europe. À nous, maintenant, de répondre à leurs attentes. Je vous remercie.