S’exprimant au Forum GLOBSEC à Prague, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré qu’il s’agissait d’un moment décisif pour l’Europe et que nous avons tout ce qu’il faut pour être à la hauteur.
Chers invités, Mesdames et Messieurs, Je tiens tout d’abord à vous remercier de votre invitation. Permettez-moi de commencer par une simple affirmation: l’Europe est le continent de l’avenir. Ce n’est pas la nostalgie qui nous anime. Nous savons que le meilleur est à venir. Et je pense que nous devrions plus souvent le clamer haut et fort. L’Europe peut se targuer de l’excellence scientifique et de l’excellence de la recherche. Nous possédons de puissantes industries. Nous pouvons compter sur le talent, les compétences et la créativité de nos concitoyens. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un peu plus de confiance en nous pour combiner tous ces atouts européens. Pour que nous puissions réellement en tirer parti. Je pense que le président de la Finlande, Alexander Stubb, le formule mieux que quiconque: c’est le «moment 1989» de notre génération. Et je sais qu’ici, à Prague, plus qu’ailleurs, vous en comprenez peut‑être mieux, et plus directement, la signification. Dans un monde qui devient plus compétitif, plus imprévisible et plus hostile, l’inaction n’est pas sans conséquence. Une fois de plus, l’Europe est à un moment de bascule où la prudence et les demi‑mesures ne sont plus de mise. De fait, notre Europe se trouve à un moment charnière. Le premier domaine dans lequel nous devons nous investir pleinement est celui de la sécurité et de la défense. Sans cela, nous n’avons plus rien. Nos dépenses de défense ont atteint un niveau plus élevé qu’au plus fort de la guerre froide, et c’est une bonne chose. Ces dépenses sont nécessaires, et nous avons encore du retard à rattraper. Mais si nous continuons à dépenser davantage, à passer des marchés et à planifier chacun de notre côté, nous dilapiderons plus d’argent pour obtenir moins que ce dont nous avons besoin. La Tchéquie nous offre un modèle sur lequel nous pouvons nous appuyer. Non contente d’être un bastion de l’industrie et de l’innovation de l’OTAN en Europe centrale, elle montre également ce que l’acquisition coordonnée de munitions peut apporter. Pour moi, la question n’est plus de savoir si l’Europe dépense de l’argent, mais bien si elle le fait conjointement et de manière coordonnée. Cette nécessité de collaboration doit, selon moi, s’appliquer à l’Europe au sens large. L’élargissement n’est pas une action caritative. Il s’agit de l’une des garanties de sécurité les plus solides que nous puissions offrir – aux Balkans occidentaux, à l’Ukraine, à la Moldavie et à nous-mêmes. L’Ukraine, par exemple, dispose d’importants systèmes de drones et antidrones. Les intégrer dans nos systèmes de sécurité et de défense nous est profitable. Nous avons chacune quelque chose à y gagner. Le deuxième domaine dans lequel nous devons nous montrer plus ambitieux est celui de notre économie. Ne vous méprenez pas: nos efforts pour réduire la bureaucratie et supprimer les exigences inutiles pour les entreprises seront utiles à cet égard. Grâce à ces mesures, les entreprises pourront réaliser 37,5 milliards d’euros d’économies annuelles. Cet argent pourra être réinvesti dans la recherche, l’innovation et les nouvelles technologies. La moitié des dossiers sur lesquels nous travaillons au Parlement européen cette année s’inscrivent précisément dans ce cadre. Cela étant dit, la simplification doit devenir une méthode de travail. La vraie question est de savoir si nous pouvons enfin lutter de front contre la fragmentation. Lorsque nous parlons de l’achèvement de nos marchés financiers (union bancaire et union des marchés des capitaux), nous envisageons des gains potentiels d’environ 130 milliards d’euros. Un marché unique de la défense pourrait rapporter jusqu’à 57 milliards d’euros par an. Pris ensemble, ces gains s’élèvent à un montant près de cinq fois supérieur aux économies annuelles que les entreprises pourront réaliser grâce à nos initiatives visant à réduire les formalités administratives. Je suis fière que le Parlement européen joue un rôle moteur en vue de finaliser les propositions législatives de l’union de l’épargne et des investissements d’ici la fin de l’année. Nous avons bien conscience que toute hésitation sur ce dossier aurait un coût. Le troisième point que je souhaite aborder aujourd’hui concerne le commerce. Nos entreprises, nos travailleurs et nos consommateurs bénéficient tous de l’ouverture de nos marchés et du respect des règles. En tant que colégislateurs, nous nous sommes mis d’accord hier matin sur la voie à suivre pour mettre en œuvre l’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis. D’aucuns pensaient que nous n’y arriverions pas, mais nous l’avons fait. Nous savons que, dans un monde instable, les gens recherchent la stabilité plutôt que les effets d’annonce. L’Europe ne reculera pas sur ce point. Donc, oui, nous sommes à un moment charnière. Mais le message que je veux faire passer aujourd’hui est que c’est aussi le moment d’arborer fièrement nos couleurs. Nous avons toutes les cartes en main. L’Europe reste la plus grande réussite politique de l’histoire. Cela signifie qu’il nous faut garder le cap et considérer la situation dans son ensemble, en dépensant mieux dans le domaine de la défense. Cela suppose de renforcer nos partenariats en Europe, de progresser plus rapidement sur le marché unique, de commercer avec le monde tout en œuvrant au service de nos concitoyens. En fin de compte, cela suppose de renforcer notre démocratie en prouvant qu’elle peut encore agir en faveur de l’état de droit et de la liberté et défendre ces valeurs. C’est l’Europe que je connais. C’est l’Europe à laquelle je suis si fière d’appartenir et c’est ce que je voudrais que nous transmettions à la prochaine génération d’Européens. Je vous remercie.