S’exprimant à l’occasion des célébrations du 50e anniversaire de l’Institut universitaire européen à Florence, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que l’Europe dispose du talent, de l’élan et de la feuille de route, mais qu’elle a désormais besoin d’une nouvelle ambition.
Chère Maria, Madame Patrizia Nanz, présidente de l’Institut universitaire européen, Monsieur Eugenio Giani, président de la région de Toscane, Madame Sara Funaro, maire de Florence, Monsieur le Président Prodi, Monsieur le Président Seguro, Monsieur le Président Costa, cher António, Professeur Cassese, Madame la Vice-Présidente Sberna, Madame la Vice-Présidente Mînzatu, Chers députés au Parlement européen, que je vois nombreux, Chers invités, étudiants et amis, C’est toujours un plaisir d’être à Florence. Mais y revenir pour célébrer les 50 ans de l’Institut universitaire européen est plus qu’un plaisir, c’est un privilège. Je vous remercie chaleureusement pour votre invitation. Je me sens toujours chez moi ici, car c’est un lieu à l’image de mon histoire personnelle. Je suis née à Malte. Je suis partie à Rennes, en France, dans le cadre du programme Erasmus. J’ai étudié au Collège d’Europe. J’ai épousé un Finlandais. J’ai quatre fils qui se sentent à la fois Maltais, Finlandais et Européens. Pour moi, ça a toujours été cela, l’histoire de l’Europe. Lorsque j’ai été élue Présidente du Parlement européen en 2022, c’est à Florence que j’ai effectué mon premier voyage institutionnel en Italie, à l’invitation de Dario Nardella, qui est aujourd’hui l’un de mes collègues au Parlement. Il s’agissait d’un choix délibéré. Je savais que les archives historiques de l’Union européenne se trouvaient à l’Institut universitaire européen, et je voulais rendre hommage au lieu et aux personnes qui ont contribué à façonner certaines des décisions les plus transformatrices de l’Europe. Je tenais à revenir aujourd’hui pour continuer en ce sens. Pour affirmer, comme nous venons de l’entendre, que, dans un monde devenu plus imprévisible et plus fragmenté, ce que vous faites est plus que jamais nécessaire. Le message que je souhaite essentiellement faire passer aujourd’hui est simple: l’Europe a besoin d’un regain d’ambition et de confiance. Nous sommes l’Europe; nous avons le talent, nous avons la volonté, nous connaissons la voie à suivre. Ce qu’il nous faut, c’est simplement la volonté politique de faire le prochain pas. Je suis optimiste concernant l’Europe. Optimiste quant à notre capacité à faire du vieux continent le point d’ancrage d’un avenir qui inspirera le monde entier. Je veux me souvenir de cette époque comme de l’âge d’or de l’intégration européenne. Nous pouvons le faire. C’est d’ailleurs le meilleur moment pour le faire. Alors, de quel type d’ambition européenne parlons-nous? Il n’y a pas de domaine dans lequel le besoin se fait sentir de façon plus claire, ou plus urgente, que celui de la sécurité et de la défense. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont encourageants: à l’heure actuelle, l’Europe investit davantage dans la défense qu’au plus fort de la guerre froide. Une question demeure cependant: pourquoi chaque État membre agit-il encore seul? Nous comptons parmi nos États membres la France et l’Allemagne, deux des principaux acteurs de la défense antimissile. Les pays baltes, qui sont des pionniers en matière de cybersécurité. L’Italie, qui ouvre la voie dans le domaine de la surveillance par satellite. Il y a quelques jours, devant la Communauté politique européenne, le président Zelensky a expliqué comment l’Ukraine parvenait à changer les règles sur le champ de bataille à l’aide de technologies antidrones fondées sur l’IA. Tous les pays ne partagent pas la même priorité, mais chaque pays a son point fort. C’est pourquoi le président Mattarella avait raison quand il disait que nous avions besoin d’une Union européenne de la défense. Parce qu’il est tout simplement logique de travailler main dans la main dans ce domaine. Notre principal atout, qui est notre économie, constitue l’autre domaine dans lequel nous devons afficher nos ambitions. Nous devons simplifier notre manière de travailler, approfondir notre marché unique et concevoir un nouvel ordre fondé sur le libre-échange dans une ère marquée par un protectionnisme croissant. Nous devons également accueillir positivement l’innovation. Nous devons porter un regard lucide sur les risques liés à l’intelligence artificielle; les normes doivent être protégées et elles le seront. Mais nous devrions être tout aussi clairvoyants quant aux possibilités qu’offre l’IA. Selon les estimations, cette technologie devrait permettre de stimuler la productivité dans des proportions inégalées depuis la maîtrise de l’électricité. Si nous hésitons, d’autres seront moins frileux. Nous ne pouvons pas laisser la peur dicter le rythme auquel nous avançons. Aucune étape de ce processus ne sera facile. Nous le constatons chaque jour au Parlement européen, une assemblée composée de 720 députés originaires de 27 pays et appartenant à plus de 200 partis politiques nationaux. Je pense que nombre de mes collègues – beaucoup sont ici aujourd’hui, parmi lesquels d’anciens étudiants de cette grande institution – seront d’accord avec moi pour dire qu’il n’est pas toujours simple de parvenir à un accord. Il n’est pas toujours simple non plus de nous regarder dans le miroir et d’admettre que les décisions dont l’Europe a besoin sont souvent difficiles à prendre. Hannah Arendt a écrit que le mensonge pouvait être plus séduisant que la vérité parce qu’il correspond en tous points à ce que les gens veulent entendre. Or ce n’est pas la méthode européenne. La méthode européenne s’appuie sur des faits et porte des valeurs. L’Europe n’est ni technocratique ni populiste, elle est ancrée dans le quotidien des citoyens. Et c’est là que vous intervenez. Pour réaliser nos ambitions, nous avons besoin d’un partenariat solide entre le monde politique et le monde universitaire. Non pas parce que les universitaires devraient remplacer les responsables politiques, mais parce que leur expertise aide les parlementaires à prendre de meilleures décisions, des décisions plus fermes qui s’inscrivent dans la durée. Alors que nous célébrons cet anniversaire historique, je souhaite profiter de l’occasion pour ouvrir un nouveau chapitre dans nos relations. Le Parlement européen a créé une direction des relations avec le monde académique, de la recherche et de la prospective, et nous tenons à développer une coopération structurée entre nos institutions et votre université. Une coopération renforcée qui permettrait d’envisager la création d’un centre où les chercheurs resteraient indépendants et de mieux accompagner les décideurs politiques, une coopération qui pourrait bénéficier à l’Europe tout entière. Je crois savoir qu’il y a beaucoup d’étudiants dans la salle, dont certains sont issus de l’Institut universitaire européen, tandis que d’autres fréquentent des lycées locaux. Lorsque je m’adresse à des jeunes, comme je viens de le faire d’ailleurs en compagnie de la maire de Florence, je les encourage toujours à s’engager en politique. Aujourd’hui, je tiens également à souligner l’importance que revêt le monde universitaire. L’Europe a besoin de personnes comme vous, de personnes curieuses, qui peuvent contribuer à façonner les décisions et opposer leurs connaissances et leur esprit critique aux réponses apportées trop facilement. Mes chers amis, ce n’est pas un hasard si l’Institut universitaire européen a été créé à Florence, la ville de la Renaissance. C’est ici, il y a sept siècles environ, que les citoyens ont commencé à comprendre que science et politique allaient de pair. Dans son livre intitulé The bookseller of Florence, Ross King décrit un emblème sur lequel figurent les mots «Liber sum», qui signifient à la fois «je suis un livre» et «je suis libre». Cette expression illustre l’idée qui trouve sa quintessence en Europe selon laquelle la connaissance et la liberté sont indissociables. Si nous voulons une Europe meilleure, plus sûre et plus prospère, nous devons avoir l’ambition d’investir dans ces deux composantes. À mes yeux, il n’y a pas de meilleur endroit pour commencer à relever le défi qu’ici même, à Florence. Et, en 2076, quand j’aurai 97 ans, je ne doute pas un seul instant que c’est encore ici, à Florence, que nous serons à nouveau réunis. Je vous remercie.