Dans un monde plus turbulent, nous voulons que l’Europe assume un rôle moteur – la Présidente Metsola à Berlin  

 

Dans un monde plus turbulent, nous voulons que l’Europe assume un rôle moteur – la Présidente Metsola à Berlin  

Berlin  
 
 

Dans un discours-programme prononcé lors de la conférence Europe 2026 à Berlin, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que le moment est venu de prendre les décisions audacieuses nécessaires pour aller plus vite et nous adapter à un monde en mutation.

       

Bonjour à tous, je suis ravie d’être de retour parmi vous à Berlin.
 
Ma mère a appris l’allemand tardivement, mais s’en servait comme prétexte pour pousser mon père à nous emmener chaque été depuis notre île méditerranéenne jusqu’en Allemagne, en traversant l’Autriche à toute vitesse, direction la Bavière, et en s’arrêtant en route pour faire des pauses dans de petits Gasthöfe le long du chemin. 
 
Mon père n’avait pas besoin qu’on le pousse beaucoup pour conduire sur l’Autobahn, et mes souvenirs d’enfance de ce merveilleux pays sont souvent associés à l’automobile et à la conduite, avec tout ce que cela implique non seulement pour la population mais aussi pour l’industrie et l’emploi qu’elle génère sur tout le continent. 
 
C’est lors de ces trajets, alors que, depuis le siège arrière, je suivais la route sur les cartes dépliées sur mes genoux, m’efforçant de ne pas manquer la sortie de l’autoroute, que j’ai commencé à comprendre certaines choses sur l’Europe, ce lieu où les frontières qui divisaient autrefois des peuples disparaissent lentement derrière nous au fil des kilomètres.
 
Quand je reviens ici aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser à l’influence capitale de l’Allemagne dans l’histoire de l’Europe, à la façon dont votre industrie a fait progresser un continent entier et à la manière dont votre réunification a montré au monde ce qui était possible en Europe. Cela nous rappelle que l’Europe que nous connaissons aujourd’hui ne s’est pas faite du jour au lendemain et a connu de nombreuses évolutions. L’Union européenne s’est construite grâce à des choix difficiles – des décisions politiques impossibles – à des moments clés où le plus simple aurait été de ne rien faire.
 
L’Europe se trouve, à de nombreux égards, de nouveau à l’un de ces moments charnières. Le président de la Finlande, Alex Stubb, a décrit l’année 2026 comme un nouveau 1989.
 
L’heure est venue de prendre des décisions importantes, audacieuses et parfois difficiles. Dans le monde d’aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre d’avancer à petits pas. Nous devons progresser à pas de géant. L’Europe doit s’adapter, évoluer plus rapidement et montrer que notre mode de vie et nos valeurs européennes peuvent façonner notre avenir dans un monde troublé, comme ils ont façonné notre passé. 
 
Nul ne reconnaît davantage le besoin d’un leadership européen que les députés au Parlement européen qui, chaque jour, sont face aux électeurs de leur circonscription. Nous savons quels sont les défis et comment les relever.
 
Nous devons apporter des réponses aux citoyens, aux familles, au secteur industriel, aux entreprises et aux start-up, faute de quoi notre modèle européen ne sera plus celui vers lequel se tournera la prochaine génération de nos concitoyens. 
 
De plus en plus de gens se réfugient dans les extrêmes, et se laissent attirer par les discours de ceux qui promettent de tout détruire et proposent des réponses simples, mais fallacieuses, dans un monde de plus en plus complexe.
 
Face à cela, comment devons-nous réagir? Allons-nous ignorer ces évolutions et espérer qu’elles passeront d’elles-mêmes? Allons-nous faire fi des messages que nous renvoie chaque élection dans toute l’Europe? Ou bien allons-nous prendre le problème à bras-le-corps? 
 
Ma réponse est la suivante: il ne faut jamais avoir peur d’affronter la réalité. Nous devons au contraire agir et jouer un rôle moteur. Nous avons ignoré les signaux d’avertissement pendant trop longtemps. Nous les avons trop souvent vus comme de simples phases. Nous avons gardé le silence au lieu de contrecarrer ces discours.
 
C’est ce que nous avons fait alors même que les forces politiques établies que nous connaissions depuis des générations s’effondraient partout sur le continent. Nous nous sommes tournés vers les médias que nous connaissions bien et auxquels nous faisions confiance, et avons laissé les débats se déchaîner dans des recoins d’internet où nous n’avions jamais regardé. 
 
Cette situation doit changer. Nous devons donner aux citoyens une raison de voter POUR quelque chose, plutôt qu’une raison de NE PAS voter pour d’autres. 
 
Il faut reconnaître que, trop souvent, pour de trop nombreux citoyens, notre voie européenne n’a pas donné les résultats qu’ils espéraient.  Les citoyens qui ont perdu la sécurité dont ils avaient besoin, qui se trouvent dépourvus de perspectives et qui ont cessé de croire que l’avenir pourrait être meilleur ne nous écoutent plus. Ils ne se préoccupent plus d’idéologie telle que nous la connaissons, et cherchent plutôt quelqu’un qui promette de détruire un système qu’ils estiment responsable de leur malheur.
 
C’est ce sentiment de frustration que nous devons combattre. Et je suis convaincue que nous pouvons y parvenir. Nous pouvons remporter le débat. Nous pouvons prouver qu’il est plus avantageux pour nos populations de construire quelque chose ensemble que de détruire ce que nous avons.
 
Pour cela, il ne faut pas choisir l’immobilisme.
 
Parce que l’Europe a toujours été de l’avant quand nous étions prêts à prendre des risques. Le marché unique a été en danger, Schengen a été menacé, tout comme l’euro l’a été. Aucune de ces décisions n’a été facile à l’époque, mais l’Europe est allée de l’avant parce que des personnes ont pris les choses en main et assumé leurs responsabilités. C’est cet esprit qui a permis aux inventeurs, aux innovateurs, aux bâtisseurs et aux entrepreneurs de trouver naturellement leur place en Europe. Cet esprit qui nous a fait abattre des murs et supprimer les obstacles qui entravaient notre progression. Nous avons su prendre des risques, et grâce à cet esprit d’entreprise, nous avons bâti un système enviable de marchés libres, de démocraties libérales et de filets de sécurité sociale. Aujourd’hui, l’Europe a de nouveau besoin du même esprit. C’est cela que j’ai en tête quand je pense au moment «1989» de notre génération.
 
Et bien que nous devions nous efforcer de progresser tous ensemble, ceux qui sont déjà prêts à avancer devraient le faire, comme ils l’ont fait avec Schengen et l’euro.
 
C’est pourquoi le leadership que nous observons ici en Allemagne à l’heure actuelle est si important. Le Chancelier Merz a clairement indiqué que l’Europe ne pouvait pas se contenter de se laisser porter alors que le monde autour de nous évoluait. Les décisions du Chancelier en matière de défense, de compétitivité et de réformes donnent le ton et servent d’exemple pour l’Europe.
 
L’Allemagne a progressé d’une manière qui a transformé le débat sur la sécurité européenne. Le Zeitenwende annoncé à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie a été un tournant historique pour le continent tout entier. Nous avons assisté à l’augmentation des dépenses pour la défense, au déploiement de troupes sur les flancs orientaux de l’OTAN en Lituanie, pour ne citer qu’un seul exemple, ce qui a représenté un signal très clair que l’Europe comprenait la gravité du moment et sa responsabilité à cet égard. 
 
Le soutien de l’Europe à l’Ukraine découle de cette même prise de conscience. Il ne s’agit pas de charité, mais d’un investissement en faveur de l’Europe également. En effet, à la recherche d’une paix véritable et digne, nous comprenons très clairement que la sécurité de l’Ukraine est la sécurité de l’Europe.  
 
Dans l’ensemble du continent, les pays s’engagent désormais à consacrer près de 5 % de leur PIB à la défense, ce que nous aurions jugé, il n’y a pas si longtemps, politiquement impossible. Et pourtant, c’est ce qui se passe actuellement, parce que les Européens comprennent que c’est à nous, en définitive, qu’incombe la responsabilité de défendre notre continent.
 
Dans le même temps, nous devons également être lucides quant à la fragmentation persistante des capacités de défense de l’Europe. Il est inacceptable que l’Europe dispose de 178 systèmes d’armes différents, quand les États-Unis n’en ont que 30, car ce niveau de fragmentation revient à tenter de se défendre avec une main liée derrière le dos.
 
Nous pouvons faire des efforts, mais, en fin de compte, la puissance de l’Europe dans le monde dépendra tout autant de la robustesse de son économie, car la sécurité et la prospérité ont toujours été interdépendantes.
 
Nous le voyons très clairement aujourd’hui au Moyen-Orient. L’escalade du régime iranien, en particulier contre les pays du Golfe, est inacceptable et aura des conséquences considérables. 
 
Et je veux évoquer brièvement l’Iran pour saluer le courage du peuple iranien. Ceux qui exigent dignité et liberté doivent savoir que l’Europe les entend. Que leur avenir est important. Qu’un régime qui, depuis 47 ans, abuse brutalement de la théocratie pour exercer une répression à l’égard des femmes, détruire les espoirs et les rêves de millions de personnes, pendre les dissidents aux grues sur les places publiques, kidnapper des Européens, financer des intermédiaires qui sèment la terreur au Moyen-Orient, dont nombre de drones ont survolé l’Ukraine et qui a massacré plusieurs milliers de manifestants, n’est qu’un régime perverti qui tente de s’accrocher au pouvoir. 
 
Et comme nous l’avons vu, ce conflit se traduit déjà par une remontée des prix de l’énergie, nous rappelant à quel point des événements lointains peuvent toucher directement l’industrie et les ménages européens, car lorsque les prix de l’énergie grimpent, les familles, tout comme les usines, le ressentent.
 
Tout cela se produit dans un contexte économique déjà difficile. Dans toute l’Europe, et ici même en Allemagne, plus de 125 000 emplois ont disparu dans l’industrie ces dernières années. Les usines ferment dans des régions qui ont fait la prospérité de l’Europe.
 
Nous commettrions une grave erreur en l’ignorant. Notre réponse doit refléter cette urgence et la gravité du moment. 
 
L’Europe est un marché unique qui rassemble 450 millions de personnes. Nous disposons d’universités et de centres de recherche de classe mondiale. Nous sommes des leaders mondiaux dans des secteurs tels que la construction automobile, l’ingénierie mécanique, l’aérospatiale et les produits chimiques, et nous avons également des entreprises qui repoussent les frontières technologiques, comme SAP ici en Allemagne ou Mistral en France.
 
Hier, j’ai eu l’occasion d’échanger avec la BDI, la principale fédération des industries allemandes, et son message, message que je reçois de l’industrie européenne où que j’aille, était très clair: rendez-nous la vie plus facile; ne la rendez pas plus compliquée. 
 
Trop souvent, les entreprises en Europe se trouvent confrontées à une superposition de règles qui les ralentissent et compliquent l’innovation et les investissements. Certaines de ces règles sont européennes, nous le savons, d’autres sont nationales ou régionales. Leur simplification ne consiste pas à appliquer des normes moins strictes, mais à reconnaître que si nous continuons à imposer de nouvelles règles sans réfléchir à leurs effets concrets, nous finirons bientôt par rendre les choses plus difficiles pour nos propres entreprises que pour qui que ce soit d’autre.
 
C’est également la raison pour laquelle le Parlement européen plaide depuis longtemps en faveur du train de mesures pour le secteur automobile, car nous savons que nos constructeurs ont avant tout besoin de prévisibilité et d’une marge de manœuvre pour s’adapter et rester compétitifs. J’ai volontairement commencé ce discours par une petite anecdote de vacances en Allemagne. Je sais ce que l’industrie automobile signifie pour ce pays et pour notre continent. Pendant trop longtemps, nous avons presque fait culpabiliser les gens de conduire une voiture, ou rendu impossible d’en fabriquer une version moins chère et plus petite. Pire encore, nous avons subventionné des concurrents de pays tiers dans certaines régions de notre Europe, sur ce continent.
 
L’Europe doit également investir dans les secteurs qui façonneront l’avenir, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de la fabrication avancée, des technologies propres ou de l’innovation numérique, en tant que moteurs de la croissance économique.
 
Mais, pour y parvenir, nous avons besoin d’investissements. Chaque année, les ménages européens mettent énormément d’argent de côté, des milliers de milliards d’euros, mais une trop grande partie de cet argent reste inutilisée sur des comptes d’épargne au lieu de soutenir les entreprises et les idées européennes. C’est pourquoi la mise en place d’une véritable union de l’épargne et des investissements devrait être l’une de nos priorités, car l’épargne européenne devrait contribuer à l’essor des prochains champions européens.
 
Pour finir, parlons du commerce. Il s’inscrit dans ce même contexte. L’Europe a toujours prospéré en tant que continent engagé dans un commerce fondé sur l’ouverture, les exportations et les partenariats avec le reste du monde. Mais nous ne pouvons pas passer des décennies à négocier des accords commerciaux alors que le reste du monde avance à un rythme beaucoup plus rapide.
 
Le récent accord passé avec l’Inde a envoyé exactement le bon signal. Ursula von der Leyen et António Costa ont montré que l’Europe est prête à accélérer et à dialoguer avec plus de confiance avec le monde, et c’est cet esprit qui doit guider nos relations avec nos partenaires du monde entier, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, les États-Unis et au-delà.
 
Le Parlement procédera au vote sur l’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis dans le courant du mois. Nous avons obtenu des éclaircissements et j’espère que nous pourrons apporter une certaine stabilité à nos relations commerciales et offrir de la prévisibilité aux entreprises.
 
L’Europe a déjà vécu ce genre de situations. À chaque fois, la réponse a été la même. Les Européens ont pris les devants. Ils ont pris des risques. Ils ont retroussé leurs manches et ont choisi d’aller de l’avant plutôt que de rester passifs.
 
Gustav Mahler a déclaré: «la tradition, c’est la transmission du feu et non l’adoration des cendres». Cette idée résume quelque chose d’essentiel à propos de l’Europe: elle n’est pas un musée ni une relique de l’histoire. Elle s’est toujours attachée à façonner l’avenir.
 
Nous avons suffisamment de confiance en nous pour prendre les risques nécessaires et de détermination pour accomplir le travail acharné que cela implique, et je suis convaincue que la voie que s’apprête à suivre l’Europe peut la conduire vers des sommets extraordinaires.
 
Je l’affirme donc en toute confiance: L’avenir, c’est l’Europe.