S’exprimant à la Clinton Global Initiative, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a affirmé qu’à l’ère de la « permacrise », la voie choisie par l’Europe est celle du partenariat avec ses alliés du monde entier, une démarche garante de résultats mutuellement bénéfiques pour tous.
Merci beaucoup, bonjour à toutes et à tous. Je suis très heureuse d’être de retour à la réunion annuelle de la Clinton Global Initiative. Cela est formidable d’être ici pour discuter de la meilleure façon d’apporter des changements dans le monde, ainsi que des moyens à mettre en œuvre pour parvenir à nos fins et, finalement, du rôle de l’Europe à cet égard. Il n’y a sans doute jamais eu autant de capitaux à investir qu’aujourd’hui, ni autant de bonnes idées pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Pourtant, bien trop souvent, capitaux et idées ont beaucoup de mal à se rencontrer. Organiser de telles rencontres est ce que la Clinton Global Initiative fait si bien depuis plus de vingt ans: rendre des médicaments accessibles à des personnes qui n’auraient jamais pu se les offrir, mobiliser un soutien en faveur de l’Ukraine, changer des vies dans le monde entier. Il y a urgence. Nous vivons à une époque que nous pourrions qualifier de «permacrise»: l’énergie, la sécurité, la guerre, le climat. Et il est toujours tentant d’attendre que ça passe. Or, je dirais justement le contraire: nous devons saisir l’occasion et passer à l’action. C’est précisément en ce moment que nous avons le plus besoin de bonnes idées, et elles sont là, dans les laboratoires, les start-up, partout dans la société. Alors, comment expliquer que les financements ne leur parviennent pas toujours? Il y a trois idées fausses, ou trois mythes, que je rencontre sans cesse. Selon le premier mythe, les marchés ou les gouvernements peuvent agir seuls en la matière. Eh bien non, ils ne le peuvent pas. Prenez l’énergie: les prix sont repartis à la hausse et, partout, les familles comme les entreprises en ressentent les effets. La meilleure protection contre le prochain choc réside dans l’énergie que nous pouvons produire nous-mêmes, sans oublier les partenariats en matière de GNL, les investissements dans les énergies renouvelables et le nucléaire, ainsi que dans les réseaux et les systèmes de stockage qui assurent la disponibilité de l’énergie. Cela représente des centaines de milliards par an, bien plus que ce que n’importe quel budget public pourrait supporter seul. En ce moment, chaque banquier, chaque PDG, chaque investisseur que je rencontre m’assure que le capital est prêt à être mobilisé, et tous prononcent le mot «prévisibilité». Ils veulent savoir où nous allons, s’assurer que les règles seront toujours les mêmes dans dix ans et qu’ils n’assumeront pas tous les risques à eux seuls. Or, ce que nous faisons en Europe, c’est apporter notre aide. Nos objectifs à long terme sont clairs. Nous veillons à la stabilité des règles. Et lorsque quelque chose ne fonctionne pas, nous apportons les ajustements nécessaires. Nous utilisons des fonds publics pour partager une partie des risques initiaux, afin d’encourager les investisseurs privés à participer. Cette approche a déjà contribué à attirer quelque 400 milliards d’euros d’investissements. Nous mettons en place le même type de partenariat au-delà de l’Union. La semaine dernière, nous avons accueilli le Premier ministre Mark Carney devant notre Parlement, à Strasbourg, et notre message était le suivant: en ce qui concerne l’énergie, les minerais critiques et la sécurité, nous sommes plus forts lorsque nous investissons ensemble. Tel est l’état d’esprit que nous avons avec d’autres partenaires dans le monde, des États-Unis jusqu’au Golfe: dans les domaines qui comptent pour nous tous, nous pouvons nous accorder. Parce qu’en fin de compte, nous pensons qu’il s’agit d’une approche où chacun ressort gagnant. Selon le deuxième mythe, la réglementation fait fuir les capitaux. Nous devrions ainsi choisir entre les règles et l’innovation. Je ne le pense pas – et l’IA en est le meilleur exemple. Cependant, il faut que ces règles soient les bonnes, qu’elles établissent des garde-fous, instaurent la confiance et, avant tout, permettent une innovation rapide et le développement des produits. Les possibilités sont immenses. Nous n’en sommes qu’au début, mais grâce à l’IA, les médecins détectent déjà certains cancers à un stade plus précoce et les scientifiques trouvent de nouveaux médicaments plus rapidement. Mais tout cela n’a pas grande utilité si les citoyens ne s’en servent pas. Or, ils se servent de ce en quoi ils ont confiance. J’ai quatre fils, qui utilisent l’IA tous les jours pour trouver une réponse à leurs questions et réaliser des choses que je n’aurais franchement jamais pu imaginer à leur âge. Ils font confiance à ce qu’elle leur dit. Ainsi, en tant que mère comme en tant que dirigeante, je veux que ces systèmes soient sûrs. C’est pourquoi nous avons mis en place des garde-fous, en travaillant au-delà des clivages politiques, afin que l’IA se développe de manière responsable, en laissant moins de place aux préjugés et à la désinformation. Les créateurs d’entreprise ne nous disent pas autre chose que les banquiers: les règles ne les empêchent pas de travailler, elles sont même bienvenues, pour autant qu’elles soient claires et égales pour tous et qu’elles n’étouffent pas une innovation cruciale, car ce sont des règles fiables qui font qu’un marché mérite d’être développé et financé. Et cela se voit. Dans certains de nos États membres, les citoyens adoptent l’IA plus rapidement qu’aux États-Unis. Ils testent ces outils, donnent leur avis et contribuent à les améliorer, participant de fait à leur création. La confiance permet la diffusion de la technologie, de sorte que les garde-fous bien conçus sont un tremplin, et non un frein. Même le produit le plus prometteur aurait du mal à s’imposer sans le soutien et la confiance de la société. Nous soutenons les entrepreneurs, en finançant la recherche, les start-up et la puissance de calcul dont nos entreprises ont besoin pour entraîner et développer leurs propres modèles. C’est cette Europe-là que je veux que le monde voie. Ces derniers temps, nous avons tous entendu, de la bouche même des dirigeants des plus grandes entreprises d’IA, que nous devrions ralentir le rythme aux avant-postes de ce secteur, afin que la sécurité puisse rattraper son retard. J’y vois une invitation à travailler ensemble, alors que nous nous préparons à une lutte entre IA démocratique et IA autocratique. Nous y réfléchissons avec nos partenaires transatlantiques, qui sont confrontés aux mêmes questions. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas travailler ensemble à ce sujet. Sans être naïve, je reste optimiste sur toutes ces questions, et je souhaite que l’Europe et l’Amérique, ensemble, façonnent l’avenir de l’IA. La véritable compétition n’est pas entre nous, mais contre ceux qui entendent utiliser cette technologie pour dominer, imposer et, fondamentalement, restreindre la liberté. Nous ne craignons pas l’IA. En fait, je pense qu’elle sera à l’origine de la prochaine génération d’avancées majeures et il s’agit donc d’instaurer la confiance, non de bloquer son développement. Car les deux sont possibles. Selon le troisième mythe, les bonnes idées trouvent toujours de l’argent. Ce n’est pas le cas. Et je sais que nul ici n’a besoin d’être convaincu, car vous êtes nombreux à avoir passé des années à soutenir des personnes que d’autres ignoraient. Permettez-moi à présent de souligner que, si nous voulons vraiment mobiliser des capitaux, il faut soutenir les femmes. En Europe, les entreprises fondées uniquement par des femmes ne reçoivent encore que quelques centimes sur chaque euro de capital-risque. Lorsqu’elle était secrétaire d’État, Hillary Clinton a déclaré que les femmes constituaient le plus grand réservoir de talents inexploités au monde. Et ces chiffres le prouvent. Le Parlement européen s’est battu pendant des années pour promouvoir la présence des femmes au sein des conseils d’administration. Parce que lorsque vous soutenez les femmes, des communautés entières en bénéficient. Il en va de même pour les jeunes créateurs d’entreprises, qui recherchent des capitaux leur permettant de se développer dans leur pays, raison pour laquelle nous nous efforçons, en Europe, d’offrir davantage de possibilités d’investir dans des entreprises européennes. C’est aussi la raison pour laquelle la philanthropie est si importante: elle permet de franchir une première étape lorsque les marchés ne sont pas encore intéressés. De la même façon, la société civile contribue à faire en sorte que l’argent arrive là où on en a le plus besoin. En fin de compte, qu’il s’agisse d’énergie, d’IA ou de développement, aucun de ces défis ne peut être relevé sans partenaires, sans que nous travaillions ensemble. Avant de vous quitter, je souhaiterais vous faire part d’un engagement. Au Parlement européen, nous continuerons à apporter la clarté et la prévisibilité dont les gens ont besoin pour investir en toute confiance, ainsi qu’à encourager les investissements dans les idées que les marchés n’ont pas encore remarquées. Nous serons un partenaire sur lequel vous pourrez compter. J’espère que vous serez nombreux à nous prendre au mot, car c’est là la promesse de notre Union européenne. Je vous remercie.