La Présidente Metsola : Nous disposons d'une fenêtre d'opportunité étroite pour agir en faveur de l'Europe et nous devons l'exploiter.  

 

La Présidente Metsola : Nous disposons d'une fenêtre d'opportunité étroite pour agir en faveur de l'Europe et nous devons l'exploiter.  

Belgique  
 
 

S'exprimant lors de la retraite informelle des dirigeants européens consacrée à la compétitivité, la Présidente Metsola a déclaré qu'il existait une « fenêtre d'opportunité étroite » pour agir afin de faire progresser l'Europe.

       

Chères et chers collègues,

La fenêtre de tir dont nous disposons est étroite. Nous nous trouvons à l’un de ces moments-clés sur lesquels les gens reviendront plus tard, en disant que nous avons fait ce qu’il fallait pour faire avancer l’Europe. Ce que nous avons accompli en matière de santé en réponse à la pandémie, et en matière de défense en réponse à ce qui s’est passé en Ukraine, il est temps de le faire désormais en faveur de notre compétitivité européenne.

J’ai quatre points à faire valoir aujourd’hui.

Tout d’abord: l’achèvement du marché unique. 

Nous savons que nous devons le faire. C’est ce qui ressort, avec seulement quelques variantes dans la façon de l’exprimer, de tous nos documents officieux, de tous les entretiens que nous accordons, de tous nos discours. La fragmentation nous expose à être pris en étau des deux côtés, à l’est comme à l’ouest. Au rythme auquel les choses évoluent, nous devons agir, et agir sans délai. 

Le 28e régime est nécessaire et réalisable. Mais les petits pas ne suffisent plus: nous avons besoin de pas de géant. Il nous faut plus que quelques ajustements rapides et parcellaires. Nous devons faire une vraie différence.  

Je salue l’affirmation de la Commission selon laquelle elle s’efforcera d’achever l’Union de l’épargne et des investissements d’ici la fin de l’année. C’est le message dont nos industries ont besoin et celui que l’Europe doit adresser au monde.

Le Parlement comprend lui aussi l'urgence d'agir et, par conséquent, si nous pouvons avancer ensemble, faisons-le. Dans le cas contraire, ceux qui le peuvent et ceux qui le souhaitent devraient pouvoir le faire grâce à une coopération renforcée. Ce n'est pas nouveau : nous avons le même principe dans l'espace Schengen et dans la zone euro. C'est ce que nous devons faire pour réagir, sous peine de rester bloqués.

Deuxième point: la simplification.

Le Parlement a accompli beaucoup de choses au cours de l’année écoulée. Nous avons assoupli les exigences du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et réduit les formalités administratives pour la politique agricole commune et InvestEU. Nous avons restreint le champ d’application des directives CSRD et CSDDD. En d’autres termes, les trains de mesures omnibus 1, 2 et 3 sur la durabilité, les investissements et l’agriculture sont achevés.

En ce qui concerne le quatrième omnibus, nous avons «arrêté la montre» sur les batteries et, pour ce qui est des entreprises à moyenne capitalisation, nous voterons notre position ce mois-ci.

En ce qui concerne le cinquième omnibus sur la défense, les trilogues sont en cours. Et nous espérons bien pouvoir parvenir prochainement à un accord.

Pour ce qui est du sixième omnibus sur les produits chimiques, nous avons progressé au moyen de procédures d’urgence, et nous ne sommes pas loin du but. Il reste un dossier.

Fin 2025, nous avons reçu les propositions de la Commission visant à réviser les règles relatives aux secteurs du numérique, de l’environnement, de l’automobile et de l’alimentation: les omnibus sept à dix. Le travail en commission se poursuit. 

Au bout du compte, il est urgent que les bonnes intentions se traduisent en résultats tangibles pour les entreprises et les familles. 

Chaque Eurobaromètre montre que le pouvoir d’achat et le coût de la vie restent la principale préoccupation des citoyens partout dans le monde. L’Europe doit y répondre. 

Nous sommes tous déterminés à obtenir des résultats. Et nous devons nous pencher sur les exemples de règles nationales qui freinent la croissance: la fameuse surenchère réglementaire dont on parle si souvent.

Or la simplification n’est que la première étape du renforcement de notre compétitivité. Elle doit être renforcée par des financements tant publics que privés.

Mon troisième point est donc: l’investissement.

Les États-Unis et la Chine ont constamment stimulé leur économie par des mesures budgétaires et monétaires. Les effets sont les mêmes : une capacité à injecter des milliards de plus dans leur économie que l’Europe, malgré des déficits bien plus importants.

Nous devons trouver des moyens d’injecter davantage de capitaux dans des secteurs à fort potentiel sans créer d’instabilité ni grever nos budgets. Exploiter les financements privés disponibles dans toute l’Union est une manière sûre d’y parvenir. L’Europe ne pâtit pas d’une épargne insuffisante. Elle pâtit d’une transformation insuffisante de cette épargne en investissements.

C’est là qu’intervient la construction de l’union de l’épargne et des investissements. Le Parlement travaille déjà sur certaines propositions importantes, notamment la titrisation et l’euro numérique. Nous avons également entamé nos travaux sur le train de mesures sur l’intégration des marchés, et notre position aura été négociée au printemps. 

La création d’une bourse des valeurs de l’Union européenne est une autre idée intéressante. Elle pourrait fournir des liquidités, des financements, réduire les coûts et aider nos entreprises à se prémunir contre les risques. Je sais bien qu’elle suscite quelques désaccords, mais on ne peut nier qu’elle deviendrait l’un des plus puissants vecteurs de croissance. 

Sommes-nous prêts à le faire? Selon moi, nous devrions l’être. Cela aiderait nos entreprises à se développer et contribuerait à créer les champions européens à l’échelle mondiale dont nous avons besoin.

Nous ne pouvons y arriver que si nous investissons dans l’énergie. Jusqu’en 2030, la demande d’électricité devrait croître au moins deux fois et demie plus vite que la demande globale d’énergie. Selon certaines estimations, nous aurons besoin de plus de 3 000 milliards d’euros d’investissements dans la production d’électricité d’ici à 2035 pour répondre aux besoins de l’intelligence artificielle et de l’électrification. 

C’est pourquoi nous devons continuer à investir dans les réseaux et les capacités de production afin de construire une véritable union de l’énergie, qui garantisse un approvisionnement stable pour nos industries, et des prix abordables pour nos citoyens. Alors que nous entrons dans l’ère de l’électricité, il est essentiel d’investir dans l’approvisionnement et la fourniture d’énergie. La ruée vers l’énergie est la nouvelle ruée vers l’or, au niveau mondial.

Quatrième point: le commerce. L’élan n’a jamais été aussi fort pour poursuivre un programme ambitieux de libre-échange avec des partenaires et alliés dans le monde entier, afin de nous assurer un accès aux matières premières critiques, de diversifier les chaînes d’approvisionnement, de créer de nouveaux emplois et de soutenir la croissance.

Je me félicite du récent accord commercial avec l’Inde. C’était vraiment le bon message, le bon ton, le bon accord. Il a montré ce dont l’Europe était capable et nous a donné l’impulsion nécessaire pour faire avancer d’autres accords commerciaux dans le monde.  

Nous savons que l’autonomie stratégique n’est pas une question d’isolement, mais d’influence. Je ne suis pas en train de dire que nous n’avons pas besoin de renforcer notre base de production – le Parlement et moi-même avons été catégoriques quant à la nécessité d’une réindustrialisation. Je ne récuse pas non plus le débat sur la préférence européenne dans certains domaines stratégiques: il est légitime. Dans la mesure du possible, nous devrions acheter européen. Mais là où ce n’est pas le cas, nous ne devrions pas sacrifier nos industries qui dépendent de ressources extérieures au nom d’une illusion d’autonomie. L’ouverture doit rester au cœur de notre modèle européen. 

C’est dans cet esprit que le Parlement a approuvé les clauses de sauvegarde pour l’agriculture dans le cadre de l’accord UE-Mercosur au début de la semaine. Nous sommes actuellement en train de finaliser nos travaux sur l’accord commercial entre l’UE et les États-Unis. Le vote en commission aura lieu le 24, puis le sujet sera au menu de la plénière en mars.

Nous reconnaissons l’urgence de parvenir à cet accord commercial, tout comme nous reconnaissons qu’il doit être fondé sur la confiance, la compréhension et le respect mutuels. L’ouverture, oui, mais sans jamais être naïfs.

Enfin, tout en étant bien consciente que ce qui nous réunit aujourd’hui est conçu comme une discussion informelle et que les décisions seront prises en mars, je tiens à conclure en plaidant pour des calendriers clairs et des résultats concrets dans nos travaux à venir. 

En décembre dernier, la Commission, le Parlement et le Conseil se sont mis d’accord sur dix dossiers législatifs – relatifs à la simplification, aux réseaux d’énergie, aux marchés des capitaux, au logement, à la migration et à la défense – qu’il s’agira de prioriser et d’adopter en 2026. C’est tout à fait inédit.

J’insiste là-dessus car je veux vous rassurer quant au fait que le Parlement reste déterminé à respecter ce calendrier. Aussi divers que soit ce Parlement, nous avons montré que nous étions capables d’obtenir des résultats concrets, et nous continuerons à les obtenir demain. Tout cela, en grande partie grâce à la bonne et étroite coopération interinstitutionnelle. La feuille de route commune sur le marché unique est devant nous. Le fait que nous puissions discuter ouvertement des défis et élaborer des réponses ensemble n’est pas quelque chose que nous devrions tenir pour acquis. 

Nous devons démontrer que nous pouvons maintenir le cap. Nous ne pouvons en aucun cas nous permettre de perdre toute crédibilité.

Je vous remercie.