Notre modèle perdure parce qu'il a du sens  

 

Notre modèle perdure parce qu'il a du sens  

Bruxelles  
 
 

S'exprimant à Bruxelles à l'occasion des célébrations du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que ces commémorations célèbrent un partenariat transatlantique qui a contribué à écrire parmi les plus belles pages de l'histoire et qui est demeuré solide dans les moments les plus difficiles de ces 250 dernières années.

       

Chers amis,

Les Américains ont une expression que j’aime beaucoup: «go big or go home»: quand on fait les choses, on les fait en grand. Et ce soir, vous lui avez donné tout son sens.

Nous sommes réunis ici pour célébrer une relation et une amitié transatlantiques qui ont façonné les plus beaux moments de l’histoire et sont restées solides à travers les pires épreuves.

Non loin d’ici, dans la ville néerlandaise de Margraten, reposent plus de huit mille soldats américains; de jeunes hommes qui ont traversé un océan pour libérer un peuple qu’ils ne connaissaient pas, et qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Chacune de ces tombes a été adoptée par une famille. Pendant quatre-vingts ans, des habitants des environs sont venus déposer des fleurs. Ils connaissent leurs noms. Ils ont appris leur histoire.

C’est notre façon d’être. Depuis le Mayflower, le destin de l’Amérique et celui de l’Europe sont inextricablement liés.

L’Europe était là il y a 250 ans. Lorsque Washington a eu besoin d’alliés, c’est un Français, La Fayette, qui s’est tenu à ses côtés.

Alors que la Première Guerre mondiale embrasait l’Europe, de jeunes Américains se sont battus pour un continent que la plupart n’avaient jamais vu. Une génération plus tard, leurs fils ont débarqué sur les plages de Normandie et de Sicile et se sont battus à nos côtés.

Lorsque les armes se sont tues, les États-Unis sont restés. Vous nous avez aidés à nous reconstruire. Nous avons créé l’Union européenne ensemble. Non pas pour dominer quiconque, mais pour avancer ensemble, et parce que nous savions que les liens que nous tisserions seraient le meilleur ancrage pour stabiliser un monde ravagé par un demi-siècle de conflits.

Et lorsque, par la suite, des autocrates ont érigé un mur à travers Berlin, nous nous y sommes opposés ensemble, jusqu’au jour où le président Reagan a lancé à Mikhaïl Gorbatchev la fameuse phrase: «Abattez ce mur!».

Le 12 septembre 2001, le plus célèbre quotidien français résuma le sentiment de tout un continent dans un titre solennel: «Nous sommes tous Américains». Et nous avons répondu présents.

À chaque tempête que nous avons connue au cours de ces 250 dernières années, nous avons défendu nos valeurs et notre mode de vie. Et nous l’avons fait ensemble.  

Aujourd’hui, je sais que l’Union est parfois considérée comme le partenaire le plus ennuyeux et le plus compliqué de cette relation. Nous préférons le terme «prévisible», mais nous comprenons. 

Et comme dans tout mariage, il y a des désaccords. Nous ne serons jamais d’accord sur ce qu’est un bon café. Nous avons encore du mal à comprendre pourquoi vous n’aimez pas l’Eurovision. Et nous le savons tous: ça s’appelle du football, pas du «soccer». 

Et il arrive aussi que nous nous adressions de véritables critiques, de véritables reproches. Certains sont fondés, d’autres moins. Là où nous pouvons faire davantage, nous agissons.

Et lorsque les critiques nous paraissent injustes, nous le disons sans détour, comme le font des amis.

Il est vrai que nous avons chacun notre manière de faire les choses, mais nos différences sont souvent exagérées. De part et d’autre de l’Atlantique, les enfants lisent les mêmes livres de Nancy Drew, regardent les mêmes films de Jean-Claude Van Damme et dansent sur les mêmes chansons de U2. Des générations entières ont découvert New York sans jamais y avoir mis les pieds, grâce à la série Friends.

Mais ce qui nous unit va plus loin encore. C’est notre manière de voir le monde. Nous partageons la conviction que le pouvoir appartient au peuple. 

Monsieur l’Ambassadeur Puzder, vous avez, dans votre ambassade, un tableau représentant les travaux de rédaction de la Constitution: feuilles froissées, débats interminables, innombrables révisions. On pourrait presque se croire au Parlement européen… ou au Congrès américain. La démocratie est un joyeux désordre. On l’a vu à Philadelphie, c’est la même chose à Washington et ici. Mais de ce désordre naît ce que nous avons de plus précieux: un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. 

Et c’est précisément ce que nos ennemis ne comprendront jamais.

Et pourtant, malgré toute cette histoire commune, je crois que peu de choses, ces dernières semaines, ont autant réchauffé le cœur des Américains – tout en les laissant quelque peu perplexes – que de voir des milliers de supporters de football néerlandais, faire des sauts dans tout le Kansas avec leur maillot orange vif; ou encore les membres de la «Tartan Army» écossaise, en kilt, entonner à pleins poumons «Do-Re-Mi», entassés dans les tribunes de Fenway Park, à Boston, devant un match des Red Sox, en se demandant pourquoi il fallait jouer neuf manches.

Cette Coupe du monde a rassemblé les peuples d’une manière que la politique ne saurait le faire. Elle nous a rappelé que ce qui nous unit sera toujours plus fort que ce qui nous distingue; qu’il nous arrive de ne pas toujours nous comprendre, voire de nous agacer. Mais nous savons que notre attachement commun à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur finit toujours par l’emporter. Ce sont ces idéaux partagés qui ont mis fin à l’esclavage; qui ont permis aux soldats de débarquer sur ces plages; et qui ont fait tomber ce mur.

Notre modèle perdure parce qu’il est porteur de sens. Parce que les valeurs que nos drapeaux représentent sont ancrées au plus profond de l’âme humaine. Et parce que nous sommes prêts à les défendre.

Il est, dans ce monde, des personnes qui pensent différemment; qui estiment que le contrôle vaut mieux que la liberté; qui préfèrent le pouvoir d’un seul à celui du plus grand nombre. 

Notre histoire leur donne tort, et notre avenir le prouvera.

Joyeux anniversaire, les États-Unis. À vos deux cent cinquante prochaines années.