Le Parlement européen a tenu aujourd’hui une cérémonie solennelle à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, afin d’honorer les victimes de la plus grande atrocité de l’histoire. Dans son discours, la Présidente Roberta Metsola a accueilli la survivante de l’Holocauste Tatiana Bucci et a souligné que le « Plus jamais ça » doit guider les choix que nous faisons aujourd’hui et l’Europe que nous choisissons de construire ensemble.
Mesdames et messieurs les député(e)s, Chers invité(e)s,
Nous sommes réunis à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.
Nous sommes réunis pour honorer les victimes de l’épisode le plus atroce de l’Histoire.
Pour réaffirmer notre devoir de mémoire et d’action.
Avant toute chose, je tiens à souhaiter chaleureusement la bienvenue à notre invitée d’honneur, Tatiana Bucci.
Tatiana, grazie per essere con noi oggi.
Transmettez aussi nos affectueuses salutations à votre sœur, Andra, qui n’a pas pu se joindre à nous aujourd’hui.
Andra et vous n’étiez encore que des enfants lorsque vous avez été déportées à Auschwitz. Déjouant le sort, vous avez survécu puis avez consacré vos vies à faire en sorte que le monde n’oublie jamais ce dont vous avez été témoins. ___________________________________________________________________________
L’année dernière, la cérémonie marquant les quatre-vingts ans de la libération d’Auschwitz-Birkenau s’est achevée sur la lecture de quelques mots d’Henryka Łazowertówna, poétesse polonaise juive. Elle a écrit ces vers pendant sa déportation: «Je m’en vais. Très loin. Vers une gare inconnue, qu’on ne trouve sur aucune carte. Au-dessus de la gare, le ciel s’abat comme un immense couvercle noir. Je suis très calme. Et remplie de tristesse. Je ne suis plus.»
Ces mots déchirants ont donné une voix aux millions de personnes qui ont été réduites au silence lors de l’Holocauste, et ont décrit ce que l’Europe ne doit jamais laisser se reproduire.
L’Holocauste a été le chapitre le plus sombre de l’histoire de l’humanité. Six millions d’hommes, de femmes et d’enfants juifs ont été assassinés par le régime nazi au cours de ce qui était une tentative délibérée, organisée et fomentée par l’État d’anéantir tout un peuple. Des membres des communautés rom et sinté, des personnes handicapées, des personnes issues de minorités et des opposants politiques ont également été tués par ce même mécanisme de haine.
Ces massacres ne se sont pas produits du jour au lendemain. Ils ont eu lieu étape par étape, loi après loi, train après train. Des droits ont été retirés; des vies ont été réduites à de simples numéros; et le silence a permis au mal de se propager sans limite.
Parmi les victimes se trouvaient un million et demi d’enfants juifs, arrachés à leurs familles et assassinés sans jamais comprendre pourquoi.
Regarder l’Holocauste à travers les yeux d’un enfant permet d’en révéler la cruauté sous sa forme la plus pure. Tatiana et Andra ont vécu cette réalité alors qu’elles n’étaient âgées que de quatre et six ans.
La présence de Tatiana parmi nous aujourd’hui atteste non seulement de sa survie, mais aussi de son courage. Elle porte avec elle la mémoire de ces événements pour que d’autres ne soient pas condamnés à les revivre.
L’Europe est sortie de l’Holocauste en assumant le fardeau des actes perpétrés, consciente de la facilité avec laquelle ces atrocités s’étaient produites. Nous pensions avoir retenu la leçon, persuadés que cet épisode de haine appartenait au passé. Mais l’antisémitisme n’a jamais disparu. Il a survécu, s’est adapté et, aujourd’hui encore, son ombre plane au-dessus de notre continent et au-delà.
Aujourd’hui, l’antisémitisme se propage plus rapidement et plus largement que jamais, en particulier sur Internet et les réseaux sociaux. Les mensonges circulent en quelques secondes, les théories du complot d’hier reprennent vie. Les conséquences sont terriblement réelles, comme nous l’a récemment prouvé l’attaque perpétrée sur la plage australienne de Bondi, où des familles juives célébrant Hanouka ont été abattues de sang-froid.
Pourtant, malgré la douleur et les pertes, la vie de la communauté juive se poursuit. Et l’Europe doit veiller à sa protection.
Il nous appartient de désarmer la haine où qu’elle apparaisse, avant qu’elle ne s’enracine à nouveau. C’est pour cette raison que le Parlement européen perpétuera toujours la mémoire, et que nous nous exprimerons toujours haut et fort.
La mémoire n’est pas un acte passif: c’est une responsabilité qui incombe à chacun d’entre nous. Pour que l’expression «plus jamais ça» ait réellement du sens, elle doit orienter les choix que nous faisons aujourd’hui et guider l’Europe que nous décidons de construire ensemble.
Je vous remercie.