S’exprimant lors de la cérémonie de remise du Prix Daphne Caruana Galizia pour le journalisme, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que le Parlement ne cesserait pas de se battre pour que justice lui soit rendue.
Merci, Madame la Vice-présidente, chère Pina,
Bonsoir à toutes et à tous,
Matthew, Corinne, Vera, merci d’être parmi nous ce soir. Votre présence à nos côtés est importante pour toutes les personnes réunies dans cette salle. Grâce à vous, cette soirée revêt une signification qui va bien au-delà de la simple remise d’un prix.
Voilà neuf ans, vendredi dernier, que Daphne Caruana Galizia était assassinée, en plein jour, lors de l’explosion de sa voiture piégée, à Malte, à quelques mètres de son domicile. L’horreur et le choc ne se sont pas effacés avec le temps. Mais si les cicatrices ne se sont pas refermées, notre chagrin s’est mué en une détermination à obtenir un semblant de justice, à nous tenir aux côtés de la famille de Daphne, à montrer que nous, au Parlement européen, comme tant d’autres à Malte, ne laisserons pas cette affaire être étouffée. Nous ne permettrons pas que Daphne soit oubliée. Nous ne tolérerons pas que tout ce qu’elle a défendu soit sacrifié sur l’autel de la convenance politique. Voilà ce qui a guidé notre réflexion au cours de la dernière décennie. Voilà ce qui fait avancer cette Assemblée et voilà pourquoi nous continuerons à aller de l’avant.
Je ne pense pas que quiconque à Malte ou dans ce Parlement soit vraiment resté le même après ce lundi noir d’octobre 2017. Cela a été un véritable séisme, le moment où nous nous sommes rendu compte qu’une journaliste, une femme, une mère, pouvait être assassinée en plein jour pour avoir dénoncé la corruption, ou que cela s’était produit en Europe, dans nos rues.
Cela fait neuf ans que ses fils et sa famille doivent continuent à vivre sans elle. Tout est violemment remonté à la surface ces derniers mois, devant les tribunaux. Une fois de plus, nous avons été privés de la justice qui nous est due, de la justice dont nous avons besoin, de la justice que l’Europe exigeait à juste titre, de la justice que la formidable mère de Daphne n’a pas pu voir rendue avant de mourir.
Permettez-moi de répéter ce soir ce que notre Assemblée, tous groupes politiques confondus, affirme chaque année depuis ce triste événement: nous ne renoncerons pas. Les promesses d’une enquête approfondie ne doivent pas rester de vaines paroles. Le rapport d’enquête publique doit être mis en œuvre. Nous continuerons notre combat jusqu’à ce que tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire, que ce soit ceux qui ont posé la bombe, qui ont commandité l’assassinat ou qui ont tenté pendant des années de le couvrir, répondent de leurs actes. Ce n’est pas une demande déraisonnable; ça ne saurait être un objectif inatteignable.
Ceux qui voulaient que Daphne soit réduite au silence ont échoué. Plus que jamais, ses récits ont voyagé et, à La Valette, notre capitale, les gens continuent de venir se recueillir en apportant des bougies, des fleurs et des photographies, en étant mus par l’espoir.
Les souvenirs de ceux d’entre nous qui ont connu Daphne ne s’arrêtent pas à la journaliste d’investigation. Nous manquent son humour, autant que son courage; ses critiques, parfois acerbes, qui nous ont poussés à vouloir être de meilleurs responsables politiques; sa plume, qui nous a incités à être de meilleurs écrivains; ses recettes, qui nous ont tous amenés à vouloir être de meilleurs cuisiniers; sa logique, qui décomplexifiait les choses.
Elle devrait être ici ce soir.
Quatre mois après l’assassinat de Daphne, l’histoire s’est répétée. Le journaliste Ján Kuciak et sa fiancée, Martina Kušnírová, ont été abattus par balle à leur domicile, alors qu’ils devaient se marier peu de temps après. Jozef et Jana, les parents de Ján, qui prendront la parole pour défendre des journalistes qu’ils n’ont jamais rencontrés, portent un deuil qu’aucun parent ne devrait jamais avoir à endurer.
Ce mois-ci marque également le vingtième anniversaire de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, abattue par balle à Moscou pour avoir dit la vérité sur la guerre en Tchétchénie. Notre salle de presse à Bruxelles porte son nom pour qu’aucun journaliste et aucun membre de ce Parlement n’oublie son combat.
Daphne, Ján et Anna ont refusé de détourner le regard, et c’est ce même refus que nous retrouvons dans les travaux des finalistes de cette année. Félicitations à vous! Ce Parlement restera à vos côtés. Maintenant que les dispositions en matière de lutte contre les poursuites-bâillons pour lesquelles nous nous sommes battus sont en vigueur, nous suivrons très attentivement la manière dont chaque État membre les applique.
Je remercie le jury, mon collègue David Casa, député au Parlement européen, qui a donné vie à ce prix et qui n’a jamais cessé de se battre, ainsi que Pina Picerno pour tout ce qu’elle fait, pour sa passion et son engagement personnel sur des questions qui comptent pour nous tous. Cela fait maintenant près de cinq ans que nous travaillons ensemble, et nous ne nous arrêterons pas là. Ce prix est important pour le Parlement européen et pour l’Europe. Tous les finalistes méritent d’être reconnus. À tous ceux qui sont conscients que la une est devenue une ligne de front, nous disons merci. Nous sommes avec vous.
Merci de faire vivre la mémoire des journalistes que j’ai évoqués avec une telle dignité. Pour Daphne, pour Ján et Martina, pour Anna et pour tous les autres, nous continuerons notre combat.
Je vous remercie.