La clé d’une Europe plus compétitive, c’est une Europe plus efficace, plus résiliente et plus forte  

 

La clé d’une Europe plus compétitive, c’est une Europe plus efficace, plus résiliente et plus forte  

Bruxelles  
 
 

À l’occasion du lancement du IE Competitiveness Hub à Bruxelles, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que la compétitivité, c’est permettre aux entreprises de croître et de changer d’échelle, offrir aux citoyens des emplois stables, et protéger les marchés ouverts ainsi que les filets de sécurité sociale qui définissent notre modèle européen.

       

Merci, cher Enrico.
Chères et chers collègues,
 
Je me réjouis d’être parmi vous.
 
Il y a deux ans, j’ai eu le plaisir de participer à une rencontre au sein de l’IE University à Madrid. J’ai alors pu, comme je le fais presque chaque semaine, échanger avec des jeunes dans un de nos pays. Je les entends ainsi directement exprimer ce qu’ils attendent de nous, et je réfléchis, ce faisant, à la manière dont nous pouvons améliorer un peu leur vie. Car au fond, c’est bien de cela que nous discutons aujourd’hui. Nous voulons réfléchir à la meilleure manière de faire passer deux messages forts: d’abord, nous savons ce que nous faisons; ensuite, nous œuvrons à améliorer la vie des nouvelles générations. Ni plus, ni moins.
 
Il est beaucoup question de compétitivité en ce moment. Le terme est à la mode. Mais derrière cet engouement, il y a un questionnement fondamental: dans un monde où rien ne peut être tenu pour acquis, nos entreprises ont-elles les outils dont elles ont besoin pour réussir? Car quand ces entreprises relèvent le défi de la concurrence, prospèrent et grandissent, quand les personnes ont des emplois stables, quand nos entreprises sont fortes et que notre économie croît, alors nous pouvons financer nos hôpitaux et nos écoles, nous pouvons nous protéger en investissant dans notre sécurité et notre défense, nous pouvons préserver nos marchés ouverts et nos filets de sécurité sociale qui sont la marque de notre mode de vie européen.
 
Trois éléments sont à prendre en compte aujourd’hui. Le premier est qu’au fil des ans, notre Europe a produit des résultats, au bénéfice de sa population, à un niveau qui aurait semblé inespéré à la génération précédente; en cette semaine où nous nous apprêtons à célébrer la Journée de l’Europe, nous pouvons, je pense, nous en féliciter. Le deuxième élément est que notre tâche n’est pas achevée; dans un monde qui semble aller de crise en crise, notre réponse doit être l’amélioration de l’Europe, de son efficacité, pour la renforcer en faisant preuve de courage et de volonté politique. Le troisième élément est que ces dernières années, une évolution fondamentale est intervenue: un véritable sentiment d’urgence a gagné nos institutions et nos États membres. Aujourd’hui, l’Europe avance et elle a un cap clair. Je n’aurais pas pu prononcer une telle phrase voilà encore quelques années.
 
Nous avons construit ensemble un marché unique qui inclut près d’un demi-milliard de personnes. Elles parlent des langues différentes, cultivent des traditions différentes, sont dépositaires d’histoires différentes, mais toutes se déplacent, commercent, bâtissent librement par-delà des frontières – ou presque; j’y reviendrai. Ce marché, nous l’avons construit nous-mêmes, étape par étape, grâce à des décisions souvent bien difficiles à prendre, douloureuses même. Mais de fait, elles ont porté leurs fruits: pour les entreprises, qui ont trouvé de nouveaux marchés, pour les travailleurs, dont les secteurs se sont étendus, pour les familles, qui ont eu accès à davantage de choix et de possibilités, pour toute une génération de jeunes Européens, qui ont grandi dotés de libertés dont leurs parents ne pouvaient que rêver. De Lisbonne à Tallinn, d’Athènes à Helsinki, notre marché unique rehausse les niveaux de vie et élargit les horizons. Il me semble parfois que nous ne le disons pas assez distinctement, et surtout, pas assez fièrement.
 
Pour autant – et votre rapport nous le dit, Enrico –, la tâche n’est pas achevée. Dimanche soir, j’ai rencontré le Premier ministre du Canada, et votre rapport était le deuxième point de notre ordre du jour. Nous en avons discuté avec la volonté de recenser les lacunes existantes, mais également les possibilités et les perspectives d’avenir que nous pouvons créer. Il y a quelques années, quelques mois même, ce type de rencontres n’existait pas.
 
Si nous portons un regard critique sur notre positionnement au cours des dernières années, j’oserai dire que nous nous sommes comportés en dilettantes, que nous avons cru que le plus dur était fait et que nous pouvions nous reposer sur nos lauriers. Mais ces dernières années nous l’ont bien montré, nous ne pouvons absolument pas nous permettre cela.
 
Il y a un élément de votre rapport, Enrico, qui m’a particulièrement frappée. Vous expliquez que si l’on vend des services depuis un État membre dans un autre, on supporte un coût réel qui correspond à des droits de douane de 110 %. Arrêtons-nous un instant sur ce chiffre, chères et chers collègues. Alors que nous menons, pendant des années, des négociations laborieuses avec des partenaires internationaux pour réduire de quelques points de pourcentage les barrières commerciales, nous avons, dans le même temps, des barrières d’un niveau bien supérieur qui séparent nos propres États membres! J’ai rencontré cette après-midi même la PDG de Nasdaq, et elle a justement relevé ce point. Permettez-moi une métaphore: nous essayons de disputer une course avec nos lacets attachés ensemble.
 
Toutes les semaines – et je parle ici au nom de mes collègues députés au Parlement européen élus depuis près de deux ans –, nous rencontrons des entrepreneurs, des chefs d’entreprises grandes ou petites, ainsi que des électeurs ayant charge de famille. Ils nous expliquent les pressions auxquels ils font face, qui sont de trois ordres: d’abord, l’envolée des coûts de l’énergie en raison, en particulier mais pas seulement, de l’instabilité dans la région du Golfe, qui dévore les marges avant même que les produits ne soient mis sur le marché; ensuite, la bureaucratie, qui oblige les décideurs à consacrer plus de temps au respect de la législation qu’à la croissance; enfin, la concurrence féroce venue d’autres économies, qui ont fait clairement le choix de subventionner massivement leurs industries. Et derrière chacune de ces entreprises, il y a des personnes, des personnes qui veulent la sécurité de l’emploi, qui, mois après mois, quand elles regardent leurs factures, se sentent prises à la gorge, qui – je le dis franchement – ont voté pour que l’Europe travaille dans leur intérêt.
 
Et c’est là que j’en arrive à mon troisième point: l’Europe répond présente.
 
J’ai vu une profonde évolution lors des réunions du Conseil européen. L’urgence est réelle et elle est ressentie comme telle. Il y a peu, signer – comme nous l’avons fait la semaine dernière à Chypre – la feuille de route «Une Europe, un marché» aurait nécessité des mois de négociations. Au Parlement européen, nous avons pris la mesure de l’urgence. Nous l’avons fait justement parce que nous parlons avec nos électeurs, qui nous disent à quoi travailler: une feuille de route concrète et ambitieuse, construite autour de l’idée simple que notre marché unique répond à la plupart des questions qui sont en ce moment devant nous. Il nous revient d’accélérer pour passer de l’idée aux résultats – car nous allons assumer cette tâche. Nous n’avons pas le choix. Pour cela, nous devons progresser sur trois fronts.
 
D’abord, celui des financements: il nous faut amener les capitaux à abonder là où ils sont nécessaires. La feuille de route est centrée sur l’union de l’épargne et des investissements, qui est probablement la réalisation la plus importante que nous puissions accomplir cette année. L’Europe ne manque pas d’épargne, mais le problème est que nous ne l’orientons pas vers la croissance. Dans d’autres économies, une bien plus grande part de l’épargne des ménages est investie dans le capital productif. Le compte d’épargne-investissement en Suède est un bon exemple de ce qu’il est possible de faire en Europe. D’autres pays, comme la Pologne, prennent ce même chemin. Il s’agit d’une manière très innovante de faire évoluer les mentalités en ce qui concerne les flux monétaires, l’investissement financier et le rôle des citoyens en la matière. Ce manque d’investissements, d’emplois, de capacité à innover n’est pas une fatalité. Si nos marchés des capitaux étaient mieux connectés, un fondateur d’entreprise en Estonie, en Espagne ou en Pologne aurait accès à des volumes de financement similaires à ce qu’il trouverait en Californie, car l’épargne est là. Les entreprises européennes pourraient donc grandir ici, plutôt que de devoir quitter l’Europe pour trouver les capitaux qui leur manquent.
 
Ensuite, le front de l’énergie. C’est aujourd’hui notre première préoccupation. La situation dans la région du Golfe complique encore un tableau déjà complexe. Les entreprises européennes payaient déjà leur électricité trois fois plus cher que leurs concurrentes. Les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle font exploser la demande à laquelle sont soumis nos systèmes énergétiques. Cette situation n’est pas tenable. Nous agissons – par la diversification des approvisionnements, l’investissement dans les renouvelables et le nucléaire, la modernisation de nos réseaux –, avec des différences d’un État membre à l’autre. Mais soyons honnêtes: comment pouvons-nous aider ces États membres à avancer à la vitesse dont l’Europe a besoin si nous voulons progresser ensemble?
 
Le troisième et dernier front est celui de la réglementation. Depuis des années, nous nous entendons dire que les règles que nous adoptons, collectivement, sont devenues trop nombreuses, trop complexes, trop difficiles à respecter. Parfois, il s’agit d’un problème européen. Parfois aussi, il s’agit d’un problème national, voire même régional. De fait, nous avons produit, couche après couche, une surréglementation qui ralentit tout. Nous traitons donc cela à notre niveau – comme nous prévoyions de le faire dès le début de la législature. Nous avons dix trains de mesures omnibus en cours, dont cinq sont presque clôturés. Nous avons pris un moratoire sur les nouvelles obligations d’information. La réduction de la charge bureaucratique est au cœur de notre action. Je ne veux pas me retrouver à dire à nos électeurs: nous n’y sommes pour rien, c’est de la faute des autres. Je veux pouvoir leur dire: nous vous avons écoutés et voilà ce que nous avons fait. Il reste beaucoup à accomplir, et nous en parlerons franchement. Il y a bien d’autres propositions sur la table, sur lesquelles nous avançons assez rapidement, comme le 28e régime, et il y en aura vraisemblablement d’autres encore. Nous avons des talents. Nous avons des idées. Notre tâche, collectivement, est de faire de l’Europe le lieu où les talents pourront s’épanouir.
 
Il me reste une chose à vous dire: les citoyens se souviennent des moments où l’Europe est devenue une réalité concrète dans leurs vies, des moments où ils l’ont sentie à portée de main. Je pense à Erasmus – qui a été pour moi cette concrétisation de l’Europe –, à la liberté de circulation, à la monnaie unique, à l’itinérance des communications mobiles. Voilà l’ambition que nous nous sommes fixée: amener les citoyens à sentir l’Europe à portée de main et à voter pour la promesse qu’elle incarne. Ne sous-estimons pas la force de la concrétisation.
 
Samedi, nous célébrerons la Journée de l’Europe. Presque neuf Européens sur dix déclarent vouloir davantage d’unité. À nous d’en tirer les conclusions.
 
Je vous remercie.