L'équipe de The Shadow Fleet Secrets remporte cette année le Prix Daphné Caruana Galizia de journalisme  

 

L'équipe de The Shadow Fleet Secrets remporte cette année le Prix Daphné Caruana Galizia de journalisme  

Strasbourg  
 
 

Lors de la cérémonie de remise du Prix Daphné Caruana Galizia de journalisme, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a rendu hommage à la journaliste maltaise assassinée il y a huit ans.

       

Cette cérémonie marque un moment important dans le calendrier du Parlement européen, un moment où nous rendons hommage aux personnes qui sont à l’origine des articles que nous lisons et au travail remarquable qu’elles effectuent jour après jour. Il s’agit d’un prix pour le journalisme d’investigation nommé d’après la formidable force de la nature qu’était Daphne Caruana Galizia, assassinée à Malte il y a huit ans.

Il est difficile de croire que cela fait si longtemps et que sa famille - et nous tous - attendons toujours que justice soit rendue. La cérémonie d’aujourd’hui nous rappelle donc aussi la responsabilité qui nous incombe de continuer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir un semblant de justice pour elle.

Cette année a été particulièrement difficile pour les journalistes, non seulement pour tous les journalistes qui ont été tués dans des zones de guerre mais aussi pour ceux qui ont été pris pour cible et dénigrés par les personnes au centre de leurs reportages.

La semaine dernière encore, nous l’avons vu avec un attentat à la voiture piégée contre le journaliste italien Sigfrido Ranucci, le 16 octobre, le jour même de l’anniversaire de l’attentat qui a coûté la vie à Daphne.

La bravoure ne devrait pas faire partie des qualités requises pour exercer le métier de journaliste, et pourtant, trop souvent, c’est le cas. C’est ce que Daphne incarnait: du courage sous une pression incroyable, de la bravoure face à des assauts, des poursuites, des attaques, des menaces à son égard.

Daphne était en train d’écrire quand ils ont brûlé sa porte d’entrée.
Elle écrivait quand ils ont tué son chien bien-aimé.
Elle écrivait quand ils ont pris pour cible ses enfants et quand ils ont renvoyé son fils pour se venger.
Elle écrivait quand des bandes l’ont poursuivie dans la rue.
Elle écrivait quand ceux qu’elle démasquait ont gelé ses comptes bancaires.
Elle écrivait quand elle était la seule à le faire.
Elle écrivait quand elle avait peur, quand elle était vulnérable, quand elle a su contre quoi elle se battait.

Daphne n’était pas seulement une journaliste d’investigation, c’était aussi une personne qui aimait plaisanter. Elle était vraiment très drôle. Elle était forte. Elle aimait la vie. Elle était pleine d’esprit. Elle se moquait des politiciens qui se prenaient trop au sérieux - aucun d’entre nous n’a été épargné.

Elle aimait jardiner, elle aimait manger. Ses enfants étaient tout pour elle. Et c’était une femme qui osait exiger plus de ceux qui étaient élus pour la représenter.

Ils ont cru que la voiture piégée la ferait oublier. Au lieu de cela, cela l’a rendue invincible. Presque dix ans plus tard, les corrompus et les malhonnêtes la craignent encore assez pour enlever chaque nuit un mémorial improvisé en son honneur. C’est l’influence qu’elle a eue. C’est l’influence qu’elle a toujours aujourd’hui.

À tous les finalistes de cette année: félicitations! Vous nous rappelez que le journalisme, c’est plus qu’une simple profession, c’est un service public, un pilier de notre démocratie.

C’est pourquoi votre travail est si important. C’est pourquoi le Parlement européen sera toujours un allié pour défendre la liberté d’expression, pour protéger les lanceurs d’alerte et pour agir lorsque cette liberté est menacée. Nous l’avons montré par l’adoption du règlement européen sur la liberté des médias ainsi que par la législation contre les poursuites-bâillons, mettant un terme aux affaires judiciaires abusives, conçues spécialement pour faire taire les journalistes.

Maintenant, alors que nous approchons de 2026, il est temps que les États membres transposent ces règles dans leur législation nationale - et qu’ils aillent encore plus loin, qu’ils veillent à ce que chaque journaliste soit protégé.

Je voudrais aussi saisir cette occasion pour remercier le jury. Je sais combien de travail cela implique et j’espère que nous pourrons rendre le processus aussi simple que possible.

Je voudrais aussi remercier quelques personnes en particulier: tout d’abord, et surtout, mon collègue David Casa. Il a été le premier à donner vie à ce prix. Et il a tant fait pour la lutte pour la justice et la sauvegarde de l’héritage de Daphne.

Je voudrais ensuite remercier Pina Picierno, qui a pris le relais en tant que vice-présidente chargée de ce prix. Ce n’est pas une tâche facile. Mais vous travaillez si dur pour protéger les journalistes dans toute l’Europe, même lorsque vous rencontrez de grands défis.

Je voudrais remercier tous les membres de nos services ainsi que notre direction générale de la communication, qui ont rendu cette journée possible. Non seulement dans la salle dédiée à Daphne, mais aussi pour faire en sorte que tous ceux qui entrent dans cette salle se souviennent d’elle.

Je voudrais aussi remercier la famille de Daphne, et en particulier ses trois fils: Andrew, Matthew et Paul. Elle serait si fière de voir les hommes que vous êtes devenus. Je voudrais aussi rendre hommage à sa mère, Rose Vella, qui est décédée avant que justice ne soit rendue à sa fille.

Permettez-moi donc de conclure en vous disant simplement «merci», à vous tous, ici présents, pour défendre nos valeurs alors qu’il serait plus facile de garder le silence, pour défendre la démocratie, pour défendre l’Europe, et pour défendre les personnes qui comptent sur les deux.