La Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, était aujourd'hui à Lisbonne pour prononcer un discours devant les diplômés de la Nova School. Dans son intervention, elle les a exhortés à s'engager, à prendre des responsabilités, en rappelant qu'ils ont les épaules pour porter le poids de cette responsabilité.
Monsieur le Président Marcelo Rebelo de Sousa, Monsieur le Ministre Miranda Sarmento, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Doyen Oliveira, Mesdames et Messieurs, Je salue également les familles, venues si nombreuses et emplies de fierté ce matin, et je m’adresse surtout à vous, jeunes diplômés de la Nova School of Business and Economics. Je vous adresse toutes mes félicitations et vous remercie: c’est un honneur immense de partager à vos côtés cette journée qui restera gravée dans vos mémoires. Chaque génération fait face à un moment charnière. Elle doit choisir entre accepter le monde tel qu’il est ou avoir le courage de le bâtir tel qu’elle souhaite qu’il soit. Vous, jeunes diplômés de la promotion 2026, vous voici arrivés exactement à ce moment. Votre présence ici est le fruit de votre travail, de la confiance que vos familles ont placée en vous et des choix constants faits par les générations précédentes pour bâtir une œuvre qui les dépasse. C’est désormais à votre tour de faire ces choix. L’Europe dans laquelle grandiront vos enfants sera celle que vous aurez choisi de bâtir. Telle est la responsabilité qui vous incombe au moment de vous lancer dans le monde. Mais c’est aussi, je vous le promets, le plus grand des privilèges. La plupart d’entre vous n’étaient pas nés en ce matin d’avril 1974, lorsque ce pays a découvert, au réveil, que les soldats arboraient des œillets au canon de leurs fusils, prélude au passage pacifique de la dictature à la démocratie. La poétesse Sophia de Mello Breyner Andresen a immortalisé ce matin-là dans des mots qui résonnent depuis lors à travers tout le pays: «Esta é a madrugada que eu esperava, o dia inicial inteiro e limpo.» C’est l’aube que j’attendais, le premier jour, total et sans tache. Elle poursuivait ainsi: «e libres habitamos a substância do tempo.» Libres, enfin, nous habitions le cœur même du temps. La démocratie n’était en réalité qu’un début. Dix ans plus tard, les citoyens de ce pays faisaient un autre choix historique: celui de rejoindre l’Union européenne. Non que la voie fût simple ou toute tracée, mais parce qu’ils avaient la conviction qu’une œuvre collective dépasserait toujours ce qu’un État peut accomplir seul. Tel est l’héritage qui vous revient. Certains d’entre vous créeront des entreprises, d’autres fonderont un foyer, certains brigueront des mandats électoraux ou cumuleront toutes ces ambitions. Quel que soit le chemin choisi, vous serez amenés à prendre des décisions, des décisions parfois difficiles, et à choisir entre le cynisme et l’espoir, entre l’intérêt à court terme et les principes, entre l’altruisme et la facilité. Le monde a besoin de dirigeants. Il a besoin d’espoir, de principes et d’humanité. Choisir entre la fermeté et la bonté est un faux dilemme: les deux peuvent coexister. Parfois, vous aurez à choisir entre le mauvais et le pire. Ne fuyez pas ces choix non plus. Dirigez, expliquez, prenez position, même lorsqu’il serait tellement plus simple de ne rien faire, et surtout dans ces moments-là. Créez de la valeur, certes, mais n’oubliez jamais de forger des valeurs. Sachez qu’il y aura toujours des personnes qui ne seront pas d’accord avec vous, et c’est une excellente chose. Restez fidèles à vos principes, sans jamais craindre de changer d’avis lorsque la raison l’exige. À ces carrefours décisifs, je vous invite à voir à long terme, à trouver le courage de dire «non» et à vous faire confiance, comme Kipling l’a si magnifiquement exprimé: «[…] Si tu peux garder la tête froide quand tous autour de toi La perdent et te font porter la faute… […] Mais tiens compte aussi de leurs doutes.» Résistez aux mouvements de foule. N’ayez pas peur du risque. Trouvez votre épanouissement en dépassant les limites que d’autres tentent de vous imposer. Parfois, dans la vie, dans les affaires ou en politique, vous tomberez, vous commettrez des erreurs, vous perdrez une bataille. C’est alors, au plus bas, que vous trouverez au fond de vous-mêmes la force de vous relever et de tout recommencer. Cette force, vous l’avez en vous. Vous ne le savez peut-être pas encore, mais elle est bien là. Croyez-en l’expérience de quelqu’un qui a grandi sur une île méditerranéenne de 30 kilomètres sur 15, qui a perdu des élections – souvent –, qui a essuyé le silence de CV restés sans réponse, mais qui n’a jamais cessé de croire, qui n’a jamais cessé de rêver. Conservez cette foi en vous-mêmes et en les autres. Certains viendront vous dire que votre voix ne compte pas, que vous êtes trop faibles ou trop isolés pour faire bouger les lignes. N’en croyez rien. Le grand pays qui est le vôtre en est la preuve manifeste. Hier matin, je me trouvais dans le calme du cloître du monastère des Hiéronymites, à Belém, là même où un grand moment historique s’est tenu il y a quarante ans. C’est là que Mário Soares et toute une génération de démocrates portugais ont signé le traité qui a ancré ce pays en Europe; le 1er janvier 1986, le Portugal siégeait parmi nous. Demandez à vos aînés présents dans cette salle ce qu’était le Portugal lorsqu’ils avaient votre âge; ils vous diront tout ce que quarante ans de démocratie et d’intégration européenne permettent d’accomplir. Ce que signifie, pour un pays, la liberté réelle de commercer, de voyager, d’étudier et de bâtir. Ce que représente, pour des parents, le bonheur de voir leurs enfants grandir dotés de perspectives dont ils étaient eux-mêmes privés; et pour ces enfants, la chance d’oser porter leurs ambitions plus loin qu’aucune génération avant eux. Et de même que le Portugal a été transformé par l’Europe, l’Europe a été métamorphosée par le Portugal: elle est devenue plus forte, plus complète, plus fidèle à elle-même, enrichie de tout ce que ce pays lui a apporté. À titre plus personnel, je me rends ce pays depuis de nombreuses années; je ne le quitte jamais sans avoir le sentiment que l’Europe est plus belle, plus chaleureuse et plus humaine grâce à la présence du Portugal. Si l’on entreprenait d’écrire l’histoire de l’Europe contemporaine, on ne pourrait en rédiger un seul chapitre sans le Portugal. Le traité qui régit notre Union tout entière, et par lequel 450 millions de citoyens ont choisi de lier leur destin, a été signé dans votre capitale et porte son nom. Un enfant de ce pays, António Costa, assure la présidence du Conseil européen. Un autre, José Manuel Barroso, a présidé la Commission européenne pendant dix ans, guidant l’Europe lors de moments historiques majeurs. Ce pays a prouvé à maintes reprises, par ses actions d’envergure comme par ses choix quotidiens, au fil de quarante ans de démocratie et d’engagement européen, que la grandeur au sein de notre Union n’est jamais une affaire de taille. Il n’y a pas de petits États membres. Il n’y a pas de petites nations. Il n’y a que des nations qui, à l’image de la vôtre, ont toujours eu l’audace et la grandeur de voir grand. Au Parlement européen que j’ai l’honneur de présider, les députés que ce pays y envoie, issus de tout l’échiquier politique, apportent une sensibilité que j’ai appris à reconnaître comme indéniablement portugaise: un sérieux dénué de froideur, une chaleur exempte de naïveté et une volonté farouche de bâtir une Europe forte mais juste. Chaque jour, à Bruxelles comme à Strasbourg, ils font entendre la voix de ce pays au cœur de l’Europe; je suis fière de travailler à leurs côtés. Tel est le Portugal que je connais. Un pays dont les dirigeants, au sein du gouvernement comme du Parlement, ont choisi – et continuent de choisir – l’Europe. Ce pays croit en l’Europe, et notre Europe se doit d’être à la hauteur de cette foi. Neuf Portugais sur dix voient dans l’Union européenne un gage de stabilité au sein d’un monde en plein bouleversement; ils ont pleinement raison. L’Europe constitue l’une des réussites politiques les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité. Non pas en raison de ses institutions ou de ses traités, mais pour ce qu’elle représente dans notre vie de tous les jours: la liberté de vous déplacer à votre gré, d’entreprendre ce que vous osez imaginer et de savoir que si vous trébuchez, un filet de sécurité sera là pour vous retenir. Telle est l’Europe dont vous êtes les héritiers. Telle est l’Europe dont vous êtes désormais responsables. Rien de tout cela n’est jamais définitivement acquis. Car des voix s’élèvent aujourd’hui, partout en Europe, pour tenter de vous convaincre que l’Union a échoué, que ses promesses étaient creuses et que l’avenir réside dans le repli sur soi, les murs et les frontières. C’est une profonde erreur. Mais la preuve du contraire ne viendra que d’une Europe de résultats, capable de transformer concrètement le quotidien: celui d’une jeunesse qui peut accéder à l’emploi, se loger, lancer son entreprise, fonder un foyer et mesurer ce qu’elle doit à l’action de l’Europe. [Ce que nous accomplissons] Ceux d’entre nous qui sont au service de cette Union ne prennent pas leur mission à la légère; nous refusons l’inaction. Au Parlement européen, c’est précisément notre combat: nous nous efforçons, avec succès, de simplifier les règles et de soutenir nos entrepreneurs. J’ai échangé avec des ONG, des dirigeants de grandes entreprises européennes ainsi qu’avec des créateurs de PME et de jeunes pousses, y compris hier, ici même au Portugal; et partout le message est identique: l’Europe possède le talent, les idées et l’ambition, mais elle doit faire confiance à ses forces vives plutôt que de les accabler de contraintes. Telle est l’Europe que nous bâtissons. Nous agissons pour faire de l’Europe un chef de file mondial de l’intelligence artificielle, non pour qu’elle observe la révolution de l’IA depuis les lignes de touche, mais pour qu’elle en soit l’architecte, en capte les bénéfices et serve le citoyen plutôt qu’elle ne le défavorise. C’est donc à présent votre tour de jouer. Quel que soit le chemin que vous choisirez, vous contribuerez à façonner l’avenir: pour ce pays, pour ce continent et pour la génération qui vous succédera. L’Europe peut être le lieu où cet avenir se forge. À moins qu’elle ne se résigne à n’être que le musée de son propre passé. C’est à vous qu’il appartient d’en décider. Et je crois deviner quelle est votre réponse. Et c’est cette même conviction – cette audace, ce refus de croire que nos plus belles années sont derrière nous – qui m’amène à évoquer le sujet qui est sur toutes les lèvres dans ce pays depuis une semaine. Plus tard ce soir, et je sais que vous ne dormirez pas, votre équipe nationale fera une nouvelle fois son entrée de l’autre côté de l’Atlantique, portée par les espoirs de tout un peuple, à la poursuite du trophée le plus prestigieux du football. Ce soir, vous alignez un capitaine de 41 ans qui dispute sa sixième Coupe du monde, un enfant de Madère devenu le plus grand footballeur que la Terre ait jamais porté. Mes enfants, eux, l’appellent «le GOAT». C’est ce même esprit de confiance que je demande à chacun d’entre vous d’emporter en quittant ces bancs. Le courage de défendre la démocratie lorsqu’elle est mise à l’épreuve; car elle sera mise à l’épreuve. La certitude que votre place en Europe se gagne, qu’elle n’est jamais un dû ni une variable d’ajustement. Et le refus, par-dessus tout, de mener une existence étriquée, car la seule limite que vous rencontrerez jamais sera la mesure de ce que vous osez imaginer. C’est vous qui bâtirez l’Europe dans laquelle grandiront vos enfants; et en me tenant ici, face à vous, je n’ai jamais eu autant la certitude qu’elle sera extraordinaire. C’est donc votre premier jour. Vous quittez ce lieu, accomplis et libres de façonner la substance de votre propre époque; il me tarde de voir ce que vous choisirez d’en faire. Toutes mes félicitations pour votre diplôme. Ne cessez jamais de rêver. Parabéns. Boa sorte.