Il est temps de tourner la page et de relancer le partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni  

 

Il est temps de tourner la page et de relancer le partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni  

Bruxelles  
 
 

S’exprimant devant le Forum UE-Royaume-Uni, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que, dix ans après le Brexit, il était temps de relancer le partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

       

Merci pour l’introduction, pour l’invitation et pour votre investissement, Paul. Je me réjouis d’être là.

Je dois dire que, dans un monde où tout est constamment remis en question, il est extrêmement réconfortant de se trouver dans une pièce où l’assistance comprend la valeur de la coopération européenne. Qui aurait imaginé, en 2016, que je ferais une telle déclaration dans une salle où l’assemblée est constituée à moitié de représentants de l’Union et à moitié de Britanniques? Que de chemin avons-nous parcouru!

Le message que je souhaite faire passer aujourd’hui est le même que celui que j’ai délivré à Londres il y a quelques semaines.

Cette année, cela fera dix ans que la Grande-Bretagne a voté pour sortir de l’Union européenne. L’ancien Premier ministre britannique Harold Wilson a dit un jour qu’en politique, une semaine était une longue période. Dans ce cas, une décennie, c’est toute une vie, et suffisamment de temps pour se rendre compte qu’il n’y a pas d’alternative à une relation forte et constructive entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Il s’agit d’une conviction que les changements que nous observons dans notre paysage géopolitique n’ont fait que renforcer. 

Aujourd’hui, pour la première fois en dix ans, nous constatons une volonté des deux parties de reconstruire notre relation sur de nouvelles bases. Le Premier ministre Keir Starmer et son gouvernement ont dû faire montre d’un très grand courage politique pour ramener le sujet de l’Union européenne dans le débat public au Royaume-Uni, et je pense que nous aurions tout intérêt à saisir cette occasion. Pas par nostalgie d’un temps révolu, mais en raison des réalités d’aujourd’hui et des perspectives pour demain. Il s’agit d’un impératif stratégique pour les deux parties. De ma position, l’occasion qui se présente à nous semble réelle.

Je ne suis pas là aujourd’hui pour négocier sur un point précis. Cela, c’est le travail du commissaire Šefčovič, qui s’en acquitte très bien. Je souhaite plutôt expliquer comment le Parlement européen voit l’approfondissement de ce partenariat, dans ses grandes lignes, à l’avenir.

La première chose que nous devons faire, qui est aussi la plus importante, c’est laisser de côté nos émotions dans le cadre de nos discussions. Nous ne pouvons pas continuer de transformer chacune de nos conversations sur notre relation en question existentielle et de la réduire au débat usé de savoir si le Royaume-Uni devrait ou non réintégrer l’Union. C’est un travers dans lequel les deux parties sont tombées, et dont nous devons sortir. 

Imaginez si, chaque fois que nous discutions d’un changement de politique au sein de l’Union, nous commencions immédiatement à débattre de la modification des traités. Nous n’avancerions pas beaucoup non plus. Nous devons cesser de créer des obstacles émotionnels et trouver une voie qui respecte le choix du peuple britannique, mais permette d’affronter les difficultés d’aujourd’hui de manière réaliste et pragmatique. 

La question n’est pas de savoir si l’on adopte le modèle «suisse» ou le modèle «norvégien», comme on me le demande souvent. Nous devons discuter de la mise au point d’un modèle spécifiquement «britannique». Le Royaume-Uni n’est pas un pays tiers comme les autres. C’est un ancien membre de l’Union européenne, qui doit être traité comme tel. 

Nous devons nous concentrer sur ce qui fonctionne, ce qui englobe déjà beaucoup de choses. La sécurité et la défense, par exemple. La coopération européenne dans le cadre de l’OTAN porte ses fruits depuis 76 ans. Lorsque des tensions ont vu le jour concernant le Groenland, notre réponse ferme a contribué à désenvenimer la situation. Et, grâce à notre soutien, notamment par l’intermédiaire de la coalition des volontaires, l’Ukraine résiste toujours fièrement. 

C’est pourquoi la conclusion du partenariat en matière de sécurité et de défense entre l’Union et le Royaume-Uni lors du premier sommet UE-Royaume-Uni l’année dernière était une étape importante. Ce partenariat n’est pas seulement une preuve de responsabilité, mais aussi d’aptitude à diriger. Pour le Parlement européen, il ne s’agissait que d’un point de départ. 

L’accord comprend de nombreux aspects sur lesquels nous pouvons, et devons, continuer de progresser. Il existe très certainement des possibilités de coopération dans des domaines tels que les marchés publics, la cybersécurité et notre système d’information Schengen. Toutefois, si nous voulons vraiment reconstruire notre relation sur de nouvelles bases, nous devons commencer par les domaines dans lesquels notre action est la plus perceptible pour nos citoyens et nos entreprises.

Hier, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont signé un accord permettant aux Britanniques de rejoindre Erasmus+. Il s’agit précisément du type de coopération qui donne des résultats tangibles que tout le monde peut constater. Cette étape montre ce qui est possible à l’approche du deuxième sommet UE-Royaume-Uni. De mon point de vue, l’accord de commerce et de coopération entre l’Union européenne et le Royaume-Uni a fixé le cadre, mais notre travail ne s’arrête pas là. Il est toujours de notre responsabilité d’utiliser cet accord pour réduire les coûts et faciliter la vie des citoyens. 

Pour les entreprises, le Brexit a opacifié le paysage réglementaire, et ce, plus que nous ne voulons bien l’admettre. Je me suis récemment entretenue avec le PDG d’une entreprise européenne qui a choisi de cesser ses activités au Royaume-Uni plutôt que d’essayer d’en naviguer les complexités. Il ne s’agit pas ici d’une déclaration politique, mais d’une réalité pratique. Et c’est précisément le type de situation à laquelle nous devons remédier.

Un accord sanitaire et phytosanitaire, par exemple, signifierait concrètement que moins de camions seraient bloqués à la frontière, ce qui réduirait les coûts. Le rapprochement de nos marchés du carbone permettrait aux entreprises de disposer de règles plus claires avant de s’engager à construire une nouvelle usine ou à en moderniser une. Et un accord sur l’énergie et l’électricité contribuerait à garantir un approvisionnement stable et prévisible à un coût abordable, précisément ce dont nous avons besoin pour la transition vers l’intelligence artificielle. 

La situation dans le détroit d’Ormuz rend cette question particulièrement urgente. J’en parlais récemment avec une électrice, qui a formulé les choses d’une manière simple qui m’a beaucoup plu: elle a dit qu’il ne suffisait plus de décrire la situation, il fallait désormais trouver des solutions. Des solutions qui ne fonctionneront que si le Royaume-Uni et l’Union européenne agissent de concert. Je me réjouis de la coalition que le Royaume-Uni et la France sont en train de former pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. 
Nous avons besoin de voir plus souvent ce genre de travail d’équipe, y compris concernant davantage de points de désaccord, tels que les importations et les exportations d’acier, la pêche et la mobilité étudiante. Il est l’heure de nous attaquer aux questions essentielles et de jeter les bases d’une confiance durable. 

Un autre domaine dans lequel il serait sensé de coopérer est celui des nouvelles technologies, en particulier numériques. Certains des travaux de recherche les plus importants au monde dans le domaine de l’intelligence artificielle proviennent d’Europe. Le Royaume-Uni a montré comment en faire un succès commercial en construisant un écosystème très solide de capital-risque et de start-up. L’Union européenne recèle quant à elle un potentiel énorme qu’il ne faut pas sous-estimer. Ce potentiel ne fera que croître une fois que notre union des marchés des capitaux et notre marché unique numérique seront parachevés. Ce que je crains, c’est que, dans un secteur déjà dominé par la Chine et les États-Unis, si nous ne passons pas à la vitesse supérieure ensemble, nous risquons, seuls, de nous laisser distancer. 

Bien sûr, nous avons des structures et des dynamiques politiques différentes, ce qui est tout à fait normal. Je ne vais pas non plus prétendre que l’Union européenne est parfaite, tant s’en faut. Nous avons passé trop longtemps à légiférer sur telle ou telle question si bien que, même si nos intentions étaient bonnes, nous avons perdu de vue la situation dans son ensemble. Au cours de l’année écoulée, nous avons recalibré notre attention. 

En effet, nous procédons actuellement à une révision majeure de notre législation afin de simplifier les règles. L’année prochaine, plus de la moitié des dossiers sur lesquels nous travaillerons iront en ce sens. Je l’ai mentionné plus tôt, mais nous nous efforçons également de réduire la fragmentation de nos marchés des capitaux et de nos secteurs bancaire, numérique et énergétique. L’une des propositions qui nous enthousiasment particulièrement est «EU Inc.». L’idée est d’établir un ensemble unique de règles pour les entreprises, qui facilitera leur croissance et leur activité en Europe. Le Parlement tient à parachever ce projet, ainsi que les propositions relatives à l’union de l’épargne et des investissements, d’ici la fin de l’année.

Il s’attelle à la tâche avec le même élan dans les domaines de la sécurité et de la défense. Pour la première fois dans l’histoire, les pays de l’Union qui sont membres de l’OTAN se sont engagés à porter les dépenses de défense à 5 % de leur PIB. Rien qu’au cours des quatre dernières années, les dépenses de l’Union dans le domaine de la défense ont augmenté de plus de 60 %. 

Et il ne s’agit là que de l’aspect financier; nous en faisons également davantage pour réduire la bureaucratie inutile afin que la production puisse avancer plus vite. Nous encourageons la passation conjointe de marchés. Nous faisons en sorte que les troupes et les équipements puissent franchir les frontières rapidement et en toute sécurité. Parce qu’au fil des ans, nous avons appris que, dans ce domaine, la différence entre l’échec et la réussite tient souvent à la logistique.

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le Premier ministre Keir Starmer a déclaré que le Royaume-Uni n’était plus celui des années du Brexit. L’Union européenne non plus n’est plus la même. Nous avons tourné la page à cet égard. Nous comprenons que, dans un monde plus concurrentiel et plus imprévisible, des voisins qui partagent les mêmes valeurs et intérêts s’en sortent mieux lorsqu’ils travaillent ensemble. L’idée n’est pas de rouvrir d’anciens débats, mais de faire avec le monde tel qu’il est. De s’attacher à ce qu’il est possible de faire, d’autant que de très nombreuses possibilités s’offrent à nous aujourd’hui qui n’existaient pas hier, et qui n’existeront peut-être plus demain. 

Je vous remercie.