Il faut commencer à voir le monde tel qu’il est, plutôt que tel que nous souhaiterions qu’il soit — la Présidente Metsola s’adresse aux ambassadeurs de l’UE  

 

Il faut commencer à voir le monde tel qu’il est, plutôt que tel que nous souhaiterions qu’il soit — la Présidente Metsola s’adresse aux ambassadeurs de l’UE  

Bruxelles  
 
 

S’adressant aux ambassadeurs de l’UE, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclaré que, dans ce nouveau monde, l’Europe n’a plus le luxe du temps lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, et a appelé à des décisions plus rapides ainsi qu’à une action résolue.

       

Madame la Haute Représentante, chère Kaja,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
chers collègues,

Merci de m’accorder quelques instants ce matin. Je voudrais souligner d’emblée qu’il importe de ne pas sous-estimer la gravité de la situation ni l’importance des prochaines mesures que nous allons prendre et du rôle que l’Europe va devoir jouer.

Chaque semaine semble apporter un nouveau défi géopolitique, et nous, l’Équipe Europe, ne pouvons pas nous permettre d’être pris en défaut. 

Kaja et moi-même nous réunissons parfois tôt le matin en nous demandant ce que la semaine à venir nous réserve, et dans ces situations, nous ne pouvons que constater à quel point il est important de travailler main dans la main.

Nous sommes entrés dans un monde nouveau, un monde plus imprévisible, un monde plus dangereux. Et pour une Union qui fonctionne bien dans un cadre prévisible et certain, les derniers mois ont été difficiles, et c’est peu dire. Dans ce nouveau contexte, le reste du monde ne comprendrait pas que nous prenions autant de temps qu’avant pour prendre nos décisions. C’est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Nous devons commencer à voir le monde tel qu’il est, plutôt que comme nous aimerions qu’il soit.

Cela signifie que lorsque le temps presse, nous devons prendre nos décisions plus rapidement. Et lorsqu’une prise de position ou une mesure déterminante est de mise, nous ne devons pas hésiter. Nous devons avoir le courage de nous défaire de ces habitudes qui, trop souvent, nous entravent et agir de concert. 

Nous devons dire au monde qu’il ne faut pas sous-estimer la détermination, la force et la volonté d’agir de l’Europe. Nous devons faire en sorte que l’Europe soit perçue comme l’acteur crédible qu’elle est.

C’est au regard de notre soutien durable et constant à l’Ukraine que cette urgence est le plus manifeste. Nous devons être conscients que l’engagement de l’Europe, alors que le conflit entre dans sa cinquième année après l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie, doit être à l’avenant de la menace, une menace qui reste évidente, qui reste présente et qui reste très concrète. L’Ukraine sait qu’elle peut compter sur l’Europe dans le combat qu’elle continue de mener avec un courage et une fierté immenses. Tandis que nous essayons de trouver le chemin de la paix, notre position reste inchangée: cette paix doit être authentique, respecter l’intégrité et la dignité, et reposer sur le principe que rien de ce qui concerne l’Ukraine ne saurait se faire sans l’Ukraine; de même que rien de ce qui concerne l’Europe ne saurait se faire sans l’Europe.

Mais ce n’est qu’à l’aune de la prochaine crise que nous pourrons véritablement juger de notre force, et c’est pourquoi il est indispensable que l’Europe réagisse de façon appropriée à ce qui se passe en Iran.

Les événements des neuf derniers jours débouchent finalement sur des perspectives de changement. Mais ils montrent également jusqu’où est prêt à aller un régime qui s’accroche désespérément aux vestiges de son pouvoir.

Les attaques menées par l’Iran dans la région du Golfe – y compris dans le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman – sont condamnables et injustifiables, et elles doivent cesser immédiatement. Par ailleurs, aucun État membre ne doit douter que nous resterons unis face à la menace.

Nous devons rester aux côtés du peuple iranien. La lutte qu’il mène pour conquérir sa liberté et prendre son destin en main n’est pas politique, elle est existentielle. Permettez-moi de souligner que, pour rare que soit l’unanimité au sein de notre assemblée, l’adhésion à nos résolutions de ces dernières années sur les protestations du peuple iranien s’en est toujours rapprochée au plus près.

Les pays du Golfe sont des partenaires stratégiques importants dans les efforts que nous déployons à cet égard. Lorsque je me suis rendue aux Émirats arabes unis l’année dernière à l’occasion de la réunion entre l’Union et les présidents des parlements du Conseil de coopération du Golfe, nous avons justement discuté des risques qui prennent corps aujourd’hui dans la région. Comme pour souligner l’urgence de ces discussions, le régime iranien a attaqué le Qatar au cours de cette visite. Ces menaces théoriques se sont très vite concrétisées.

Ces mêmes discussions, nous les avons eues concernant le voisinage européen. Je ne pense pas avoir parlé à un seul chef d’État ou de gouvernement ni à un seul ambassadeur qui ne voie pas un élargissement régi par des critères et fondé sur les mérites comme une nécessité géopolitique. Et pourtant, cela fait des années que les Balkans occidentaux, l’Ukraine et la Moldavie ont le regard tourné vers l’Europe. Certains pays ont franchi des étapes importantes et attendent de nous que nous répondions aux réformes qu’ils ont entreprises. Je l’ai déjà dit, mais il n’est pas inutile de le répéter: plus nous tergiversons, plus nous laissons d’autres que nous combler le vide. 

Le Parlement joue un rôle déterminant à cet égard, en consolidant la légitimité des décisions que nous prenons, dans tous les contextes et dans le monde entier. 

Nous ne pouvons évidemment pas entamer des discussions sérieuses sur le renforcement de notre voisinage immédiat sans redéfinir nos relations avec le Royaume-Uni. J’étais à Londres il y a quelques semaines, et lors des rencontres avec le Premier ministre, le président du parlement et les députés, j’ai perçu un état d’esprit extrêmement positif. 

Pour la première fois depuis dix ans, nous sommes tous conscients que le moment est venu de jeter de nouveaux ponts. Il y a une réelle volonté de trouver des solutions pragmatiques qui respectent la décision du peuple britannique tout en répondant aux réalités d’aujourd’hui.

Les circonstances sont favorables à une avancée, mais nous ferions bien de saisir cette occasion avant que la porte ne se referme.

C’est cet état d’esprit qui doit également guider la nouvelle relation transatlantique. Nous avons nos désaccords, et ils débouchent parfois sur des éclats, mais cette alliance restera l’épine dorsale de notre sécurité commune et de nos échanges commerciaux. 

Thomas Jefferson disait que «toute divergence d’opinion n’est pas une différence de principe», et je pense que ces mots cristallisent l’essence de notre alliance transatlantique. Et c’est pour cette raison qu’elle perdure. Mais nous ne devons cependant ni être naïfs ni refuser de regarder la réalité en face. Nous devons nous adapter et continuerons de le faire pour servir au mieux les intérêts de l’Europe.

Lorsque j’ai pris la parole ici l’an dernier, j’ai affirmé que vous trouveriez dans le Parlement européen un partenaire fiable. Cela n’a pas changé.

J’ai rencontré nombre d’entre vous en amont de cette conférence et j’ai promis d’être franche, et j’entends poursuivre sur cette voie: les étapes à venir sont bien trop importantes pour laisser des différends institutionnels entraver notre action. Nous avons bien sûr chacun notre manière de faire, mais la vraie Équipe Europe avance main dans la main, pas simplement côte à côte. 

Je ne veux pas que les députés européens vous emboîtent le pas, je les veux à vos côtés: c’est ainsi que nous ferons rayonner une véritable force européenne dans le monde.

Ce sont les députés au Parlement européen qui ont ouvert la voie ardue qui a abouti à la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste. Eux aussi qui ont porté l’idée de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Partout, ils ont noué des liens, avec la Moldavie, avec les Balkans occidentaux.  Ils entretiennent le dialogue en Amérique latine, en Asie et en Afrique. 

Grâce aux réseaux parlementaires que nous avons constitués avec 160 parlements nationaux, nous faisons entendre notre voix et nous ouvrons des portes. Les accords commerciaux passent par les parlements nationaux, avec lesquels nous négocions et dialoguons chaque jour. Nos initiatives de développement des capacités, de soutien à la démocratie ou de dialogue interreligieux, ou encore les missions d’observation électorale de l’Union déployées dans le monde valent à l’Europe crédibilité et respect. Dans les instances internationales telles que le G7 et le G20, les relations que nous entretenons avec les législateurs contribuent à faire valoir les objectifs de l’Europe. 

Notre engagement en faveur de la diplomatie parlementaire ne cesse de se renforcer. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix stratégique de renforcer notre présence à Washington, dans les Balkans occidentaux et dans les pays du partenariat oriental. C’est aussi pourquoi nous avons des antennes en Amérique latine, en Asie, en Afrique et aux Nations unies. Elles ne sont pas là pour faire joli: elles sont indispensables et doivent être considérées comme telles. C’est là où les ambassadeurs en reconnaissent la valeur et la capacité à ouvrir des portes que l’Europe obtient les meilleurs résultats. Et sur le terrain, j’ai pu constater qu’elle excelle lorsque nous donnons le meilleur de nous-mêmes et que notre action jouit d’une grande considération. 

Je voudrais terminer sur une note d’espoir. Je n’ai aucun doute sur notre capacité à nous montrer, collectivement, à la hauteur de ce moment historique; à embrasser ce projet que seule l’Europe peut porter à l’échelon mondial; à comprendre notre pouvoir de promouvoir un leadership fondé sur des valeurs; à soutenir la liberté, l’égalité des chances et l’état de droit, et à comprendre que nous gagnons tous à coopérer; à montrer aux citoyens des pays candidats que leur espoir n’est pas vain et que nos 12 étoiles signifient autant pour nous que pour eux. 

Ce n’est pas par hasard que de plus en plus de pays veulent rejoindre l’Union. Ce n’est pas par hasard que nos ennemis font tout pour saper notre projet. Ce n’est pas par hasard que les manifestants dans les rues d’Iran se tournent vers nous, que les élections dans les Balkans occidentaux se jouent sur la promesse d’Europe. Les gens croient en l’Europe. L’Europe incarne encore l’espoir. Parfois, nous devons simplement en prendre conscience et garder à l’esprit que, au-delà des résolutions, des conclusions, des rapports et des relations institutionnelles, nous comptons pour les citoyens.  

Ne sous-estimez pas l’importance et l’incidence de votre action. 

Merci de porter haut notre étendard dans le monde entier. Continuons de construire ensemble.