C’est à nous de décider quel héritage nous laissons aux générations futures – Présidente Metsola à Messine  

 

C’est à nous de décider quel héritage nous laissons aux générations futures – Présidente Metsola à Messine  

Messine  
 
 

S’adressant à l’Université de Messine, la Présidente du Parlement européen Roberta Metsola a déclaré que le Parlement européen est prêt à renforcer davantage sa coopération avec tous les acteurs concernés afin de s’assurer que la mafia ne trouve plus jamais refuge dans aucun recoin de notre continent.

       

Votre Excellence Monseigneur Giovanni Accolla, archevêque de Messine,
Monsieur le Procureur national chargé de la lutte contre la mafia et le terrorisme, Giovanni Melillo,
Monsieur le Président de la Cour d’appel, Luigi Lombardo,
Madame la Préfète, Cosima Di Stani,
Monsieur le Maire, Federico Basile,
Madame la Rectrice, Giovanna Spatari,
Cher Giuseppe Antoci,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Chers invités,
Chers amis,

J’ai toujours ressenti un attachement tout particulier à la Sicile. Sa proximité géographique et culturelle avec mon pays en fait une partie intégrante de ma propre histoire.
Et la Sicile que je porte dans mon cœur n’est pas une terre de peurs et de manigances, mais celle d’un peuple fier de ses valeurs, une terre dotée d’une capacité extraordinaire à renaître de ses cendres, à refuser d’être une victime et à résister à la violence.
 
La Sicile incarne l’esprit de notre Union de la façon la plus authentique. Nous le voyons dans votre passé: celui d’un carrefour des cultures et des échanges, d’un partage entre les peuples et les traditions qui a contribué à bâtir l’identité européenne.
 
Je suis ici en tant que Présidente du Parlement européen - votre Parlement -, mais je suis aussi une fille de la Méditerranée. Je fais même partie des rares citoyens européens qui a ses racines au sud de Messine. Je suis née à Malte, et mon pays et Messine ont toujours entretenu des relations fortes et privilégiées. Lorsque Messine a été dévastée par le tremblement de terre de 1908, faisant des dizaines de milliers de victimes, Malta a participé à l’envoi d’aide d’urgence, de médecins, de pharmaciens et de bénévoles. Nous avons aidé à reconstruire. Bien sûr, tout cela a eu lieu bien avant la naissance de l’Union européenne, mais on peut déjà y voir cette solidarité en action qui constitue le fondement de notre Union. Même la plus petite île a répondu à l’appel. Telle est la raison d’être de l’Europe.
 
Je tiens à remercier tout particulièrement mon collègue, M. Antoci, de m’avoir invitée à m’adresser à votre éminente assemblée dans ce cadre prestigieux.
 
Le Parlement européen est également représenté aujourd’hui par son Secrétaire général, M. Alessandro Chiocchetti, qui vient de s’adresser à vous. Nous sommes ici pour faire passer un message clair: la lutte contre la criminalité organisée est pour nous une priorité absolue. Nous continuerons de défendre sans relâche la dignité de ceux qui ont sacrifié leur vie au nom de la justice et de l’état de droit: juges, membres des forces de l’ordre, journalistes ou militants. Des hommes et femmes au courage inébranlable, dont Giovanni Falcone, Paolo Borsellino, Rocco Chinnici, Carlo Alberto Dalla Chiesa et Cesare Terranova, un étudiant de cette université. N’oublions pas non plus les courageux agents chargés de leur protection, qui ont perdu la vie en accomplissant leur devoir. À Malte, la corruption a tué la journaliste Daphne Caruana Galizia, mon amie. En Slovaquie, Jan Kuciak. Et la liste continue de s’allonger. Des héros morts pour avoir défendu la vérité. Le monde d’aujourd’hui ne serait pas le même sans leur sacrifice. Je vous demande de les honorer par de forts applaudissements.
 
Dans la chambre de la démocratie européenne, qui nous appartient à tous, nous savons mieux que quiconque qu’on ne pourra remporter le combat contre ces réseaux criminels que si nos pays coopèrent. Car lorsque toute l’Europe est menacée, toute l’Europe doit s’unir pour se défendre.
 
 
La création, en 2012, de la commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux a constitué un tournant dans l’engagement du Parlement européen. Ses travaux ont ouvert la voie à des initiatives majeures, comme la création, en 2017, du Parquet européen, une étape cruciale vers une coopération judiciaire plus solide et plus étroite, apte à renforcer les mesures visant à faire respecter les règles et à mieux protéger nos intérêts financiers communs.
 
Ces dernières années, le Parquet européen a joué un rôle de plus en plus central, s’assurant que les fonds alloués aux plans nationaux pour la reprise et la résilience ne tombent pas dans les mains d’organisations criminelles, mais servent bien la croissance, l’innovation et l’avenir des citoyens. Car ce que la mafia prend à la collectivité doit être rendu à la collectivité.
 
C’est dans cet esprit que le Parlement européen a fortement appuyé la directive relative au recouvrement et à la confiscation d’avoirs: cette législation historique, inspirée du modèle italien, renforce nos outils communs pour cibler les avoirs illicites et les rendre à la société. Ce sont des initiatives comme celles-là qui nous montrent la valeur ajoutée de l’harmonisation quand il s’agit de crimes dépassant les frontières nationales.
 
La criminalité organisée s’engouffre dans les brèches ouvertes par l’harmonisation insuffisante des législations. Elle fait son miel des différences entre les systèmes juridiques, exploite leurs incohérences et échappe aux contrôles. Nous pouvons faire plus – et nous le devons. Les agences européennes telles qu’Europol, Eurojust ou la CEPOL sont en première ligne. Elles sont appuyées par nos bases de données communes: le système d’information Schengen traque les personnes recherchées et les avoirs à saisir, le système européen d’information sur les casiers judiciaires partage les casiers judiciaires et le système d’information sur les visas échange les données relatives aux visas. Tout cela nous permet de réagir plus rapidement, de mieux nous coordonner et de frapper plus fort les réseaux mafieux.
 
Nous devons également accentuer nos efforts pour neutraliser ce qui permet aux réseaux criminels de subsister en Europe. Je pense, par exemple, au blanchiment d’argent. Il est indispensable d’éliminer les mécanismes de blanchiment d’argent pour affaiblir les réseaux criminels et saper leur capacité d’expansion internationale. Dans cet esprit, le Parlement européen a adopté un ensemble de législations pour appuyer le combat de l’Union contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et envoyer un message clair: le marché unique ne sera plus un refuge pour l’argent sale.
 
Hélas, la corruption reste l’un des principaux moyens que les organisations criminelles utilisent pour infiltrer les institutions. Lutter contre la corruption, c’est lutter contre le poison qui ronge la confiance des citoyens et mine les fondements de notre société. Nous travaillons avec les États membres dans l’espoir d’approuver rapidement la directive anti-corruption. Ce sera une étape déterminante vers le renforcement de la transparence et la protection de nos démocraties, ébranlant la position de ceux qui ne veulent pas d’une Europe plus juste et plus sûre pour nos citoyens. En avril, nous avons également lancé la stratégie ProtectEU, qui instaure de nouveaux outils pour s’attaquer aux réseaux criminels transnationaux. Il s’agit de s’assurer que la sécurité, la justice et la protection des citoyens restent des priorités au niveau européen.
 
Comme le montre le débat d’aujourd’hui, l’Europe demeure confrontée à des défis considérables. La criminalité organisée s’adapte rapidement aux évolutions du moment, et il est donc essentiel que nous réagissions tout aussi rapidement. Notre époque est en pleine mutation: nous devons être en mesure de gérer la révolution technologique qui transforme notre société, de sorte que les innovations comme l’intelligence artificielle servent la démocratie au lieu de devenir des armes dans les mains des criminels. Des cryptomonnaies utilisées pour le blanchiment d’argent à la fraude et aux abus sur mineurs, en passant par les trucages ultraréalistes et la manipulation numérique exploités pour le trafic illégal, les menaces sont réelles et multiples. Nous étions les premiers au monde à réglementer les marchés des crypto-actifs et à adopter une législation historique sur l’intelligence artificielle. Nous devons tenir la cadence, anticiper et orienter le changement.
 
Chers amis,
 
nous avons déjà parcouru un long chemin ensemble. Les victoires remportées par l’Italie – et la Sicile en particulier – dans la lutte contre la criminalité organisée ne sont pas qu’un exploit national: elles montrent la voie à l’Europe toute entière et font référence pour ceux qui croient à la justice et à la liberté. Aujourd’hui, il incombe à chacun d’entre nous de décider de l’héritage que nous voulons laisser aux générations futures. Le Parlement européen est prêt à renforcer davantage sa coopération avec toutes les parties prenantes. Ensemble, nous pouvons nous assurer que la mafia ne trouvera plus jamais refuge dans aucun recoin de notre continent.

Je vous remercie.