Il est temps de relancer le partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni  

 

Il est temps de relancer le partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni  

Londres  
 
 

La Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, était à Londres pour rencontrer les responsables politiques du pays afin de renforcer le partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni. Dans son discours à Chatham House, elle a déclaré qu’il était temps de dépasser les fantômes de la dernière décennie et de tracer ensemble un avenir commun.

       

Merci beaucoup, Madame Maddox. Et bonsoir à tous. Merci d’être restés jusqu’à la fin de vos réunions. C’est un plaisir pour moi d’être ici avec vous.
 
Dans toutes les réunions auxquelles j’ai participé ces deux derniers jours, j’ai transmis un message simple: il est temps de redéfinir le partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni d’une manière qui respecte le choix du peuple britannique mais qui nous permette aussi de répondre aux réalités d’aujourd’hui dans le cadre d’une approche gagnant-gagnant, pragmatique et fondée sur le bon sens. Nous pouvons enterrer les fantômes du passé et commencer un nouveau chapitre. Et quel meilleur endroit pour parler du bon sens britannique qu’à l’emblématique Chatham House, un endroit si renommé qu’il a créé sa propre règle en matière de débat international, même si elle ne s’applique pas aujourd’hui si je comprends bien.
 
Ma visite coïncide avec le triste anniversaire du jour où la Russie a déclenché sa guerre illégale contre l’Ukraine. Une guerre qui a anéanti tant de vies et de moyens de subsistance, qui a bouleversé tout ce que beaucoup d’entre nous considéraient comme acquis depuis si longtemps. Je me souviens de la multitude de doutes exprimés en chœur dans les premiers jours de la guerre. Ceux qui disaient que l’Europe était trop lente, trop divisée pour apporter une réponse appropriée. Ceux qui disaient que l’Ukraine allait capituler. Et bien, nous en sommes à la cinquième année d’une guerre qui devait durer trois jours selon Poutine, une guerre qui devait affaiblir notre alliance. Au lieu de cela, l’OTAN compte deux nouveaux membres, notre industrie de la défense a été revitalisée et notre bureaucratie a été accélérée pour répondre à l’urgence de notre époque.
 
L’histoire sait donc s’y prendre pour nous donner des leçons d’humilité quant à nos prédictions. Quatre ans plus tard, l’Union européenne et ses États membres ont mobilisé quelque 200 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine. Hier encore, j’ai signé un acte législatif rendant possible un prêt de 90 milliards d’euros afin que le soutien à l’Ukraine reste fort. Nous avons légiféré pour créer le cadre juridique - la plomberie si vous voulez - et j’espère que les États membres seront désormais en mesure de trouver un moyen de débloquer rapidement les fonds pour faire couler l’eau, si vous me permettez d’abuser de cette mauvaise métaphore, et j’espère que nous trouverons également un moyen gagnant-gagnant d’associer pleinement le Royaume-Uni. Il va de soi que les négociations doivent suivre leur cours, mais pour moi, cela répond à une logique. Le Royaume-Uni a également progressé, en s’engageant à apporter environ 25 milliards d’euros de soutien. Et parce que nous sommes unis, l’Ukraine est toujours là.
 
J’ai assisté aujourd’hui, dans la galerie, à la séance des questions au Premier ministre et chaque dirigeant de parti s’est levé pour commémorer ce triste anniversaire, et on pouvait entendre le consensus général au sein de la Chambre sur le fait que le peuple britannique se tient aux côtés de nos amis, frères et sœurs ukrainiens.
 
Bien sûr, cela ne signifie pas que nous sommes tirés d’affaire. Rien ne vous force plus à examiner attentivement et avec lucidité si votre architecture de sécurité et de défense est à la hauteur qu’une guerre menée sur votre continent. Rien ne vous ramène plus rapidement à la réalité.
 
Des décennies de dépendance excessive à l’égard du bouclier sécuritaire des autres ont non seulement généré de la complaisance, mais elles ont aussi permis à certaines mauvaises habitudes de s’installer. Nos capacités industrielles de défense souffrent de sous-investissement. Notre coordination industrielle est faible. Nous avons des doublons dans beaucoup trop de domaines et beaucoup trop de lacunes dans d’autres. Les États-Unis possèdent environ 30 systèmes d’armes différents. En Europe, nous en avons 178. Résultat: nous sommes inefficaces, chers et lents.
 
Nous avons donc fait le point sur nos carences et nous sommes en train d’y remédier. Pour la première fois dans l’histoire, les États membres de l’UE et de l’OTAN se sont engagés à porter les dépenses de défense à 5 % de leur PIB. Rien qu’au cours des quatre dernières années, les dépenses de défense de l’UE ont augmenté de plus de 60 %. Nous venons de donner le coup d’envoi pour une nouvelle augmentation des dépenses dans le domaine de la défense, d’un montant pouvant aller jusqu’à 850 milliards d’euros, afin de renforcer la préparation en matière de défense, et en l’espace de quelques semaines, seize États membres en ont déjà tiré parti.
 
C’est ce que nous faisons du point de vue du financement; mais nous faisons également davantage pour réduire la bureaucratie inutile afin d’accélérer la production. Nous encourageons la passation conjointe de marchés et nous veillons à ce que les troupes et les équipements puissent franchir les frontières rapidement et en toute sécurité. Des choses que nous aurions déjà dû faire avant, mais nous ne l’avions pas fait. Car la différence entre l’échec et la réussite - et nous l’avons appris au fil des ans - relève souvent de la logistique.
 
Cela n’a pas toujours été facile. Des décisions telles que l’adoption de sanctions à l’encontre du régime iranien et l’inscription du Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes - et je suis fière de dire que le Parlement marche devant, ont nécessité des conversations difficiles. Pour certains États membres, comme c’est le cas ici aussi, cette question était extrêmement délicate. Il y a quelques mois encore, cela aurait été impensable. Mais nous y sommes parvenus, et les 27 gouvernements ont déclaré qu’ils allaient le faire. Nous avons donc compris - il nous a fallu du temps, mais nous avons fini par y arriver - que l’inaction n’était pas une option. Et que suivre l’évolution de la situation ou exprimer des préoccupations n’allait pas être suffisant.
 
Et si ces dernières années nous ont appris quoi que ce soit, c’est bien que notre sécurité - et avec elle notre prospérité collective - ne s’arrête pas aux rives de la Manche. La sécurité britannique a besoin de l’Europe autant que la sécurité européenne a besoin de la Grande-Bretagne. Dans un monde plus incertain, plus instable, plus fragmenté, nous devons coopérer.
 
C’est pourquoi je suis ici pour plaider en faveur d’une nouvelle manière de travailler ensemble. Je ne le dis pas par nostalgie pour le passé, mais en raison d’une compréhension claire et réaliste des menaces communes auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui.
 
Le Premier ministre, Keir Starmer, a récemment déclaré: «La Grande-Bretagne n’est plus celle des années du Brexit.» Ce que je répondrais, c’est que l’Union européenne n’est plus la même que celle que le Royaume-Uni a décidé de quitter il y a dix ans. Nous avons laissé derrière nous les vieux démons - nous comprenons que l’avenir doit être construit sur des liens plus solides, dans l’intérêt de tous nos concitoyens.
 
Mais je tiens aussi à souligner que dans un monde qui paraît trop souvent s’embraser, une relation plus étroite, plus forte et basée sur le pragmatisme est dans l’intérêt de tous. Il s’agit de trouver des solutions qui nous permettront d’avancer plus vite ensemble, en faisant ce qui fonctionne le mieux aujourd’hui, tant pour l’Union européenne que pour le Royaume-Uni. Nous devons comprendre ce que Bismarck a appelé «l’art du possible», et beaucoup plus de choses sont possibles aujourd’hui, qui ne l’étaient pas hier et qui pourraient ne pas l’être demain.
 
En mai de l’année dernière, nous nous sommes mis d’accord sur un nouveau partenariat en matière de sécurité et de défense entre l’UE et le Royaume-Uni. C’était une étape importante. Nous avons fait preuve de responsabilité - plus que tout, nous avons fait preuve de leadership. Pour le Parlement européen, il ne s’agissait toutefois que d’un point de départ. Cet accord comprend de nombreux aspects sur lesquels nous pouvons - et devons - nous appuyer pour aller de l’avant. La participation du Royaume-Uni à SAFE, par exemple, devrait être considérée comme une occasion à saisir, comme une possibilité. L’Union européenne est ouverte aux négociations. Mais il est également possible de coopérer dans le cadre d’autres initiatives et dans des domaines tels que le partage de renseignements, la cybersécurité et notre système d’information Schengen.
 
Un besoin mutuel, accru et urgent de collaboration est donc en train d’émerger, et j’ose affirmer que, pour la première fois depuis 10 ans, une véritable volonté politique prend forme. Une telle occasion ne se présente pas souvent, pas plus qu’elle n’attend trop longtemps. Nous ne pouvons pas la laisser passer sans la saisir.
 
Nous pouvons déjà nous appuyer sur de nombreux éléments pour continuer à aller de l’avant. J’ai déjà mentionné notre soutien financier et militaire conjoint à l’Ukraine, mais je tiens également à souligner le rôle de premier plan que joue le Royaume-Uni dans la coalition des volontaires. Et lorsque vous examinez la coopération en matière de sécurité et de défense entre les pays européens, au sein de l’OTAN, elle dure depuis 76 ans. Nous avons vu ce qui s’est passé quand une réponse ferme a dû être donnée sur la question du Groenland, par exemple.
 
Les États-Unis ont toujours été un allié crucial - et le resteront. Il est logique que l’Europe assume sa part de responsabilité. Une Europe plus forte rendra notre partenariat transatlantique plus équitable et, au sein de l’OTAN, elle fera de nous un allié plus performant et plus fiable, mieux à même de nous défendre et de faire preuve de fermeté à l’égard de ceux qui mettent en péril la stabilité mondiale. Notre plus grand défi est de rester lucide sur ce qu’est le danger réel et d’où il vient.
 
Je sais que cette conférence porte sur la sécurité et la défense, mais la sécurité n’est pas seulement un concept militaire. La sécurité a aussi des implications économiques vitales. Il est essentiel de garantir la résilience de nos chaînes d’approvisionnement et de limiter les dépendances indésirables. L’Union européenne et le Royaume-Uni sont des partenaires naturels à cet égard.
 
Nos économies sont étroitement liées. L’Union européenne est de loin le premier partenaire économique du Royaume-Uni, et le Royaume-Uni est le troisième partenaire commercial de l’Union européenne. Nous nous efforçons tous deux de réduire les dépendances et d’accroître la résilience de nos économies. Aussi convient-il d’intensifier encore davantage nos échanges et les liens entre nos marchés. Nous ne sommes pas des concurrents pour ce qui est de garantir nos chaînes d’approvisionnement en ce qui concerne les terres rares et les minerais critiques; nous sommes des partenaires naturels et des alliés. Nous appartenons au même écosystème de résilience et nous cherchons en fin de compte à promouvoir les mêmes intérêts fondés sur la sécurité et les valeurs.
 
Une grande partie des travaux actuellement en cours pour mettre en œuvre les accords conclus lors du sommet UE-Royaume-Uni de 2025 nous aidera à progresser dans cette direction. Parallèlement à un accord sanitaire et phytosanitaire et à l’adhésion du Royaume-Uni au marché de l’électricité de l’UE, nous nous penchons aussi sur la sécurité alimentaire et énergétique.  Nous disposons tous deux d’une capacité financière qui peut encore être développée davantage pour faire progresser la croissance dans des secteurs clés. Et nous sommes tous deux conscients de l’énorme potentiel des secteurs des technologies et du numérique, et nous essayons de favoriser leur développement tout en garantissant les libertés et les droits fondamentaux de nos citoyens. C’est la raison pour laquelle, qu’il s’agisse du commerce, des douanes, de la recherche, de la mobilité, de la migration illégale ou de l’énergie, dès qu’un alignement plus étroit est possible, nous ne devons pas avoir peur de poursuivre nos efforts en ce sens. Le récent accord sur Erasmus+, par exemple, la collaboration sur les nouvelles armes de défense aérienne, qui comprennent des drones et des missiles, et la coopération dans le domaine du nucléaire entre le Royaume-Uni et la France sont autant d’atouts sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour progresser encore à l’approche du sommet UE‑Royaume-Uni de 2026.
 
Je tiens à être très claire en disant qu’il ne s’agit pas de céder une part de souveraineté ou de perdre le contrôle. Il s’agit de reconnaître qu’en l’absence de coopération, nous risquons de perdre les deux. Tout adversaire doit savoir qu’en cas de crise, il serait confronté à notre force économique et militaire combinée.
 
Cela dit, je n’ai pas l’illusion que nous nous mettrons d’accord sur tout. Nous avons des structures différentes, des dynamiques politiques différentes. C’est tout à fait normal. Je ne vois aucune contradiction dans le fait que l’Union européenne et le Royaume-Uni dirigent leurs propres navires. Mais nous devons également savoir quand il est plus sage de naviguer en convoi.
 
Je vous remercie de votre attention.